Un programme soumis au capital

16 Mars 2017

Le programme économique qu’a proposé Jean-Luc Mélenchon dimanche 19 février prétend relancer l’activité. Il promet des augmentations de salaire, des embauches aussi bien dans le secteur marchand que dans le secteur public et associatif, la création de nouveaux secteurs d’activité.

Le financement, calculé au milliard près, viendrait d’une augmentation de l’impôt sur les plus riches, de la réorientation de certaines aides aux entreprises, de la fin des niches et de l’évasion fiscales.

Naturellement, pour lancer cette machine à 273 milliards d’euros, il faudrait au départ se financer en empruntant. Mais, promet Mélenchon, au bout de quelque temps la machine s’alimenterait elle-même, rembourserait ses dettes et voguerait vers les flots heureux du plein emploi d’un côté, du profit capitaliste honnête de l’autre.

Même s’il reste dans le strict cadre de la société capitaliste, que personne ne conteste dans la gauche gouvernementale, même pas en paroles, ce projet comporte quelques mots susceptibles de mettre du baume au cœur de l’électorat de gauche. Mélenchon en effet parle de prendre, un peu, aux grandes fortunes, pour donner, pas grand-chose, aux travailleurs. Encore faudrait-il pour le croire avoir oublié Mitterrand qui promettait en 1981 de changer la vie, Hollande qui déclarait la guerre à la finance en 2012, et les désillusions consécutives !

Le passé de Mélenchon, politicien, sénateur socialiste, ministre, allié à géométrie variable, montre plutôt un hologramme de Mitterrand qu’un défenseur des travailleurs.

Mais surtout, comment un gouvernement pourrait-il appliquer ces mesures, en admettant qu’il le veuille ? Il lui faudrait d’abord avoir l’accord des marchés financiers, c’est-à-dire des grandes banques internationales, pour emprunter. Or, comme le montre l’exemple de la Grèce, celles-ci prêtent pour passer le nœud coulant, et non pour sauver la veuve et l’orphelin. Il n’y a pas de financement possible d’une politique favorable aux travailleurs sans expropriation préalable des banques.

Mélenchon parle de deux millions d’emplois créés dans le secteur marchand, sans dire comment il compte contraindre les patrons à embaucher. Il parle de récupérer trente milliards d’euros en luttant contre l’évasion fiscale. Mais comment faire si on ne lève pas le secret des affaires, si on ne donne pas aux travailleurs le droit de publier les comptes ? L’évasion fiscale n’est pas tant une question de lois que de respect de la propriété privée, fondement même de la société capitaliste. Quant à augmenter les salaires, Mélenchon veut imposer des discussions par branche. Elles existent déjà et ne servent à rien tant que les travailleurs ne contraignent pas le patronat à céder.

Mélenchon se targue d’être insoumis et nombre de ses électeurs, particulièrement ceux apportés par le PCF, voudraient comprendre « insoumis aux diktats du capital ». Mais il ne recommande même pas aux travailleurs de l’être.

P.G.