Le programme de Fillon : tout pour les patrons

16 Mars 2017

Avant d’être mis en examen pour détournement de fonds publics, Fillon a développé son programme économique lundi 13 mars. Aucune surprise, il reprend à peu près celui qu’il avait défendu lors des primaires de la droite, en annonçant plus d’argent pour les patrons et plus d’attaques contre le monde du travail.

Donc, il y aura des milliards pour le patronat, à commencer par la suppression de l’ISF, même si cet impôt sur les grandes fortunes est surtout symbolique et affecte peu les revenus du capital. Fillon envisage aussi, entre autres, de descendre jusqu’à 25 % le taux d’imposition des sociétés et de diminuer l’impôt sur le revenu des particuliers qui placent leur argent dans une PME. Pour faire bon poids, il propose en outre de transformer le CICE en baisse pérenne des cotisations patronales, en plus d’un nouvel allègement de celles-ci de 25 milliards d’euros, le tout pour un total de 40 milliards d’euros.

Une partie de ces cadeaux serait payée en taxant tous les consommateurs, par une hausse de deux points du taux de la TVA, qui passerait à 22 %. Et ce qui ne représenterait qu’une broutille pour les plus riches pèserait lourdement dans le budget de la majorité de la population, en particulier des plus pauvres.

Une autre source de revenus serait prise dans la poche des travailleurs, en les faisant travailler plus, mais sans les payer plus. Fillon envisage le retour aux 39 heures pour l’ensemble de la fonction publique, en poursuivant les réductions d’effectifs dans des services pourtant indispensables à la population. Dans le secteur privé, la loi fixerait à 48 heures hebdomadaires le temps de travail, laissant chaque patron libre de décider, en-dessous de cette limite, à partir de combien d’heures il paierait ses salariés en heures supplémentaires.

En ce qui concerne les droits des travailleurs, les lois Macron et El Khomri ont ouvert un boulevard à Fillon. Il veut donc poursuivre dans cette voie en proposant d’autoriser les licenciements collectifs sans motif économique ou, pour être plus exact, sans que les dirigeants d’une entreprise n’aient même plus à se donner le mal d’invoquer des prétextes. Il veut en outre « sécuriser » les contrats de travail – entendre par là généraliser les contrats précaires – et « sécuriser » aussi les licenciements en plafonnant les indemnités prud’homales.

C’est donc une déclaration de guerre au monde du travail. Ce n’est pas nouveau, elle est dans la lignée de la politique suivie par les gouvernements précédents. Elle est juste moins hypocrite, Fillon s’adressant exclusivement aux patrons, sachant qu’il a peu de chances de récolter des voix du côté des travailleurs. En revanche, si par extraordinaire il était élu, il ferait bien de ne pas oublier la mobilisation de ces derniers contre la loi El Khomri.

Marianne LAMIRAL