Le Pen : elle prêche la guerre entre pauvres

16 Mars 2017

Lundi 13 mars, Marine Le Pen, lors d’une conférence sur la citoyenneté, a accusé toutes les politiques d’immigration d’avoir rendu la situation incontrôlable, ajoutant : « D’intimidations en intimidations et d’agressions antifrançaises en actes terroristes, la perspective de la guerre civile n’est plus un fantasme. »

Mais qui pousse à cette guerre, sinon Marine Le Pen elle-même ? Vouloir limiter la protection sociale des étrangers, supprimer l’aide médicale, réduire l’accès à l’école pour leurs enfants, expulser et bloquer les frontières, faire l’amalgame entre les immigrés en général et les terroristes, n’est-ce pas vouloir que les travailleurs se fassent la guerre ?

Et qui y gagnera ? Sûrement pas « le peuple français des sans-voix » qu’elle prétend représenter, en bon apôtre des pauvres.

Ceux que Le Pen veut représenter, ce sont les patrons. Son programme de baisse de l’impôt sur les sociétés, de subventions, de crédits d’impôts, égal à celui des gouvernements précédents, en témoigne. En bon auxiliaire de ces patrons aux salaires extravagants et des actionnaires qui empochent des milliards de dividendes, elle leur rend un service supplémentaire en suscitant un climat de méfiance, de rejet, voire de haine, entre les pauvres.

Désigner les immigrés comme boucs émissaires de tous les maux engendrés par le capitalisme en crise, le chômage, les bas salaires, les difficultés à vivre dans des logements précaires, c’est idéal pour le patronat. Le Pen oppose les travailleurs les uns aux autres, ceux qui ont une carte d’identité française aux étrangers, mais aussi les salariés du privé à ceux du public, les chômeurs à ceux qui ont un emploi. Diviser pour régner est le meilleur moyen d’obscurcir la conscience des exploités et de les empêcher de s’unir contre leurs exploiteurs.

Le Pen aime les travailleurs soumis. Elle stigmatise les syndicats, les travailleurs en lutte, présentés comme des fauteurs de trouble, les grèves, qui sont justement le moment où ces différences entre nationalités, entre travailleurs précaires ou non, qualifiés ou non, s’effacent pour défendre des intérêts communs contre les patrons.

Le Front national mène une politique fondamentalement hostile aux travailleurs. Accepter de le soutenir, de considérer les travailleurs d’une autre nationalité comme des ennemis, c’est se condamner à subir toujours plus le diktat des patrons. Prendre conscience que les travailleurs sont une seule et même classe est la seule façon pour eux de défendre leurs intérêts.

Sylvie MARÉCHAL