Fukushima : la population trinque toujours

16 Mars 2017

Samedi 11 mars, des foules de Japonais ont commémoré la catastrophe de Fukushima survenue y a six ans. Un séisme de magnitude 9 avait déclenché un tsunami sur la côte nord-est de l’île centrale du Japon, à 300 km au nord de Tokyo. La vague de 15 m de haut avait ravagé la côte sur 500 km, faisant plus de 18 000 morts et endommageant gravement la centrale nucléaire.

Dans celle de Fukushima Daiichi, mise en service en 1971, trois réacteurs nucléaires étaient entrés en fusion et avaient été complètement détruits. Les matières contaminées polluaient la région à des dizaines de kilomètres à la ronde, et un nuage radioactif faisait en quelques semaines le tour de la planète, comme lors de l’accident de Tchernobyl en Ukraine en 1986.

Une zone de 20 puis de 30 km était totalement évacuée, comprenant 123 000 personnes, et 400 000 étaient déplacées temporairement, en attendant que les installations dangereuses soient circonscrites et isolées. Depuis, certains habitants sont peu à peu revenus, au fur et à mesure que l’accès aux différentes communes était autorisé. Il y a un an, il restait 80 000 personnes déplacées, dont 50 000 de la préfecture de Fukushima.

Aujourd’hui, il semble que les autorités poussent les réfugiés à revenir. Beaucoup n’en ont pourtant aucune envie. Les terres ont été théoriquement décontaminées, mais qui garantit qu’on peut y revenir en toute sécurité ? La compagnie Tepco (Tokyo Electric Power Company), propriétaire et exploitant de la centrale, premier producteur mondial privé d’électricité, a montré au fil des années son irresponsabilité, économisant sur l’entretien et la sécurité des centrales, dissimulant les incidents et falsifiant les rapports pour assurer à ses actionnaires un maximum de profits. Quant à l’État japonais, il a toujours été solidaire de Tepco, y compris quand la compagnie lui mentait effrontément.

Pour combattre ces réticences légitimes et inciter au retour dans les communes dont l’accès a été autorisé, l’État s’apprête à mettre fin aux aides au logement dont bénéficiaient les personnes évacuées. Les moins riches n’auront plus le choix et devront revenir habiter les zones contaminées en 2011 et qu’on leur dit sûres aujourd’hui. Les autorités comptent visiblement plus sur la pression financière que sur la confiance… que les habitants ont toutes les raisons de ne pas leur accorder.

Vincent GELAS