Éthiopie : de la misère à la mort

16 Mars 2017

Un immense éboulement s’est produit le samedi 11 mars dans une décharge d’ordures d’Addis-Abeba, la capitale de l’Éthiopie. 65 personnes au moins ont été tuées et des dizaines blessées.

Ce drame s’est déroulé dans un pays présenté par ailleurs comme un champion de la croissance économique en Afrique, avec le plus grand nombre de millionnaires en dollars du continent.

La décharge de Koshe est une montagne d’ordures qui s’étend sur plus de 30 hectares. Comme dans bien des pays pauvres et dans bien des faubourgs des pays riches, des chiffonniers, ceux que l’on appelle les squatteurs, n’ont d’autre moyen de subsistance que de fouiller quotidiennement les déchets pour y trouver quelques objets pouvant être revendus. En 2000, l’effondrement d’une décharge du même type avait fait 200 morts à Manille aux Philippines.

À Addis-Abeba, 300 personnes vivent sur cette décharge. Leurs baraques en bois, avec des toits en tôle ou en plastique, sont installées sur les flancs de la décharge, sur un sol instable. Une partie du terrain qu’ils fouillent quotidiennement et sur lequel ils dorment est composé de déchets toxiques. Leurs habitations de fortune ont été emportées lorsque qu’un pan entier de la décharge s’est détaché, peut-être à cause des travaux d’aplanissement entrepris pour installer une centrale au biogaz utilisant l’énergie des déchets.

Cette catastrophe est l’image même de la réalité qui se cache derrière les déclarations sur « l’Afrique, continent du futur » dont regorgent les magazines économiques, s’extasiant sur les taux de croissance de certains pays, dont l’Éthiopie. Dans des villes comme Addis-Abeba, des quartiers d’affaires et des hôtels de luxe se construisent. Une bourgeoisie s’enrichit à l’ombre des grands trusts internationaux qui profitent des salaires misérables, 50 euros par mois en moyenne, pour y installer leurs usines, notamment dans le textile. Mais ce qui fait la richesse de ces grands groupes et de la bourgeoisie locale fait le malheur de la majorité de la population, obligée de végéter dans une misère profonde, et parfois d’y mourir.

Daniel MESCLA