Afrique de l’Est : profits pour les multinationales, famine pour la population

16 Mars 2017

Vingt millions de personnes risquent d’être frappées par la famine en Somalie, Soudan du Sud, Éthiopie, Ouganda, Djibouti, Kenya, et dans une moindre mesure en Tanzanie, selon les chiffres rendus publics par l’ONU.

Les pays les plus affectés sont la Somalie, avec trois millions de personnes en état de crise alimentaire, et le Soudan du Sud où la moitié de la population, soit cinq millions de personnes, est déclarée par le gouvernement en état de famine. La presse accuse la sécheresse qui dure depuis trois ans. En réalité, il y a aussi d’autres causes à ce drame humain, qui ne doivent rien à la fatalité et au climat. Les famines sont récurrentes, alors que ces pays exportent du café, du coton et du bétail… L’Éthiopie a des ressources agricoles très importantes qui lui permettraient d’être autosuffisante en céréales, et pourtant 5 millions de personnes ne peuvent pas subvenir à leurs besoins alimentaires.

Au 20e siècle, la colonisation a imposé, dans bien des pays dominés, de grandes monocultures destinées à l’exportation vers les métropoles, au détriment des productions vivrières. La décolonisation n’a pas mis fin à ces rapports économiques inégalitaires. L’accaparement des terres agricoles lié à la spéculation sur les matières premières s’est renforcé depuis la crise de 2008. La terre est devenue un placement, au même titre que l’or. Dans un rapport publié en septembre 2010, la Banque mondiale estimait que 56 millions d’hectares faisaient l’objet de contrats fonciers internationaux en 2009 – dont 70 % en Afrique – contre 4 millions d’hectares en 2008.

Près de 60 % des transactions foncières conclues au cours des dix dernières années dans le monde étaient destinées à des cultures pouvant servir à la production d’agrocarburants. Le Soudan a subi une déforestation importante pour faire place à des plantations pour cet objectif. La Somalie et l’Éthiopie ont été particulièrement touchées par ce phénomène, qui a conduit à la famine de 2011 au cours de laquelle 260 000 personnes ont perdu la vie. Mais l’hécatombe n’a pas enrayé l’appétit des investisseurs pour les terres agricoles.

Les sommes investies dans l’achat de terres agricoles par les spéculateurs ont doublé en 2015. De son côté, l’État éthiopien a loué un million d’hectares de terres arables à des financiers. Le Financial Afrik du 26 mai 2014 révèle que le Premier ministre a conclu des accords avec trois géants de l’industrie textile, deux américains (VF et Phillips Van Heusen – PVH) et un indien (Shri Vallabh Pittie – SVP), sur la mise à disposition de 3 millions d’hectares de terres pour la production de coton destinée à l’exportation.

Les habitants sont dépossédés de leurs terres par la police locale et repoussés. La forêt, dont ils dépendent pour le bois, les fruits et les plantes médicinales, disparaît, les rivières sont détournées et leur mode de vie détruit. Ils n’ont plus qu’à se faire recruter comme ouvriers agricoles, exploités pour le compte de ceux qui les ont ruinés, rejoindre les bidonvilles ou s’exiler.

Les conflits armés qui déchirent la région ajoutent encore du chaos à cette sous-alimentation chronique. Le Soudan du Sud est mis à feu et à sang par des bandes armées que les USA avaient soutenues et armées au moment de la sécession du pays. Des flots de réfugiés se sont enfuis vers l’Ouganda voisin et l’Éthiopie déjà en difficulté, et tout acheminement d’aide alimentaire vers les populations affamées relèverait de l’exploit.

La domination impérialiste est la principale calamité qui explique les famines et les millions de morts.

Léna PIGALLI