Violences policières : une politique de classe

08 Mars 2017

Après l’agression du jeune Théo par quatre policiers à Aulnay-sous-Bois, les langues se sont déliées, montrant que ce viol n’est pas un acte isolé.

La presse a relayé plusieurs témoignages de jeunes de Seine-Saint-Denis, eux aussi tabassés ou violés lors de contrôles de police. Et samedi 4 mars Mediapart a publié le témoignage d’un policier d’Aulnay ayant eu le courage de dénoncer la brutalité quotidienne de ses collègues lors des contrôles ou des gardes à vue.

L’agression de Théo a aussi ravivé le souvenir de Zyed et Bouna, morts en 2005 à Clichy-sous-Bois, électrocutés dans un poste EDF en voulant échapper à un contrôle policier ; et celui d’Adama Traoré, mort d’asphyxie le 19 juillet dernier lors de son interpellation par les gendarmes de Persan, dans le Val-d’Oise, après avoir tenté, lui aussi, d’échapper à un contrôle.

Face à cette violence policière, il y a de quoi s’inquiéter du pouvoir accru donné récemment par l’État aux policiers, notamment par la loi dite de sécurité publique votée par le Parlement le 16 février, qui assouplit les règles de légitime défense pour les policiers et durcit les peines pour outrage aux forces de l’ordre. Et force est de constater l’impunité dont bénéficient à chaque fois les policiers : les deux policiers impliqués dans la mort de Zyed et Bouna ont finalement été relaxés en mai 2015 ; quant aux gendarmes de Persan, ils n’ont jamais été mis en examen.

Cette violence et cette impunité policière n’ont malheureusement rien d’étonnant. La police est, comme l’armée, le bras armé d’un État de classe, dont le rôle est d’assurer l’ordre social des riches et des puissants. Les policiers et les gendarmes sont formés pour réprimer les travailleurs quand ils combattent l’exploitation et se révoltent. Pour ne pas remonter plus loin, en 2013, l’État a envoyé les CRS contre les ouvriers de Peugeot en grève contre la fermeture de leur usine à Aulnay et, l’an dernier, contre les centaines de milliers de personnes qui ont manifesté contre la loi El Khomri. En toute logique, avec leur rôle de chiens de garde du capital, les forces de police traitent en ennemis les futurs exploités que sont les jeunes des quartiers populaires.

La violence policière n’est que le reflet de la violence sociale, des riches contre les pauvres. Pour la combattre vraiment, il faut être prêt à remettre en cause cet État et cette société de classe.

Julie LEMÉE