Le feuilleton Fillon : les politiciens tels qu’en eux-mêmes

08 Mars 2017

Après les révélations du Canard enchaîné, la droite s’est déchirée autour de la candidature de Fillon. Dans un premier temps les caciques du parti ont fait contre mauvaise fortune bon cœur. Puis, au fur et à mesure que la cote de Fillon baissait dans les sondages, des voix de plus en plus nombreuses ont demandé son remplacement.

Juppé aurait eu les faveurs de certains mais, semble-t-il, pas de Sarkozy. Ce dernier n’a pas réussi à imposer Baroin et, mardi 7 mars, les dirigeants de LR, prêts deux jours avant à débarquer Fillon, ont mangé leur chapeau et sont revenus s’aligner derrière lui. Quelques-uns refusent encore de s’aligner et la messe n’est peut-être pas encore dite…

Tous ces personnages ont affirmé bien haut agir au nom de l’intérêt national, pour les plus pompeux, de celui de leur parti pour les plus modestes. Mais la réalité est bien plus prosaïque.

Le fait que Fillon ait détourné un million d’euros d’argent public au profit de sa famille ne leur pose pas vraiment de problème. On imagine sans peine que ses prédécesseurs et ceux qui rêvent de prendre sa relève souhaiteraient faire aussi bien et aussi rentable. Fillon est subventionné par un financier, coaché par un autre ? Là encore, c’est la règle du milieu. Sarkozy allait chez les Bettencourt, Chirac chez Dassault, Mitterrand chez Rousselet et Macron va chez tout le monde. Fillon s’appuie sur un petit cercle de punaises de bénitiers, d’abbés en soutane et rangers, d’adversaires farouches des libertés des femmes ? Chacun doit avoir sa base. Fort de toutes ces amitiés et lesté de tous ces cadeaux, Fillon promet du sang et des larmes pour les travailleurs et les petites gens ? C’est exactement ce que souhaitent tous ses amis et concurrents.

Non, ce n’est pas Fillon lui-même, ce qu’il a fait et ce qu’il promet de faire qui gêne ce petit monde et le pousse à occuper nuit et jour les médias, comme si son malheur était le centre du monde. Ces gens craignent en fait pour leurs carrières, leurs postes, leurs cassettes. La victoire étant promise à Fillon, ils se voyaient déjà qui ministre, qui sénateur ou député, conseiller, chef de cabinet, ambassadeur… Car un président distribue les places et les prébendes. Or la révélation des détournements de Fillon et son entêtement à se maintenir font craindre le pire à tous ces voraces : l’élection peut être perdue et le blé tomber dans une autre mangeoire. Chez eux, le nerf sensible, c’est le portefeuille.

Les soutiens des autres grands candidats en lice et des commentateurs qui se veulent lucides se désolent en disant que les affaires de Fillon détournent le public du véritable débat électoral, autour des véritables choix politiques qu’ils proposent. Mais, en fait de débat, il ne s’agit pour eux que de la meilleure façon de tromper les électeurs. Alors, au fond, quoi de plus révélateur sur les politiciens que de les voir se déchirer toute honte bue pour leur intérêt personnel ? Surtout si l’on se souvient que les politiciens de gouvernement, de tout l’arc politique, ne peuvent faire leurs petites affaires que s’ils se montrent capables de protéger les grandes, celles des capitalistes.

Paul GALOIS