Migrants de Calais : harcèlement contre les réfugiés et ceux qui les aident

01 Mars 2017

Le démantèlement du bidonville de Calais en octobre dernier, organisé par le ministre Cazeneuve, a été présenté quasiment comme une opération humanitaire. Mais il était aussi un message politique envoyé à la population : l’objectif de l’État, c’est « tolérance zéro migrant ».

C’est aussi celui de la maire LR de Calais, Natacha Bouchart. Avec cette destruction, il n’y a plus à Calais aucun lieu d’hébergement officiel, ni aucun lieu de distribution de nourriture. Les conteneurs de l’ex-centre d’accueil, qui hébergeait 1 500 personnes, sont vides ; la centaine de salariés de l’association chargée par l’État de leur gestion est toujours sous le coup d’un plan social, et la municipalité a sorti un arrêté interdisant tout accès au site de l’ancienne « Jungle » pour insécurité et insalubrité. Le sous-préfet de Calais, Vincent Berton, a affirmé récemment qu’ « il n’y a ni campement ni squat dans le Calaisis ». Il s’agit pour les autorités de prouver que leur politique répressive est efficace.

Et pourtant, il n’a fallu que quelques mois pour que les migrants reviennent, toujours poussés par l’espoir de franchir clandestinement le détroit qui les sépare de l’Angleterre. Dès le 12 janvier, un responsable de la police aux frontières (PAF) déclarait que « 1 500 migrants par mois environ sont découverts sur le port et le site du tunnel sous la Manche ». Mais les migrants se cachent : la police a ordre de les déloger dès qu’ils s’installent quelque part, leur demande leurs papiers, les envoie en centre de rétention, puis ils sont relâchés … jusqu’à la prochaine fois. Ce sont des réfugiés interpellés ou des primo-arrivants découvrant que la « Jungle » n’existe plus, mais surtout des mineurs isolés qui ont quitté les centres d’accueil et d’orientation où ils étaient hébergés aux quatre coins du pays, qui viennent d’Irak, du Soudan et surtout d’Érythrée.

Aussi, dès janvier, les associations d’aide aux migrants (l’Auberge des migrants, Salam, le Secours catholique…) ont repris leur activité. Ils font des maraudes, sillonnant les rues dans des véhicules avec des sacs de couchage, des vêtements et des repas chauds, à la rencontre de réfugiés qui tentent de survivre dans les températures glaciales de l’hiver, perdus, surtout après une tentative ratée de passer « de l’autre côté ». Aujourd’hui, sur la lande près de l’ancien camp, ce sont des centaines de repas qui sont distribués chaque nuit.

Les migrants seraient actuellement près de 500, et cela commence à se voir, ce qui pose un problème à la maire soucieuse de l’image de marque de sa ville, toujours prête à flatter les préjugés xénophobes. Aussi s’est-elle attaquée début février à ceux qui les aident. Le Secours catholique ayant fait livrer deux modulaires de douches destinés aux migrants sur son propre terrain, la mairie a aussitôt fait installer un conteneur à ordures devant le portail du local pour en bloquer l’accès et empêcher la livraison du troisième modulaire. Le tribunal administratif qui a été saisi a enjoint à la municipalité de libérer l’accès de la propriété.

Mais les autorités s’acharnent. Depuis, des fourgons de CRS sont postés en permanence devant l’entrée, embarquent les migrants qui viennent s’y doucher, traitent les bénévoles comme des délinquants ou des passeurs. L’association ayant saisi le défenseur des droits, le procureur a rétorqué que ces contrôles ont lieu en toute légalité.

Voilà que le Secours catholique est devenu une dangereuse association qui menace l’ordre public à Calais.

Mais il est tout de même réconfortant de voir que, dans cette ambiance nauséabonde créée par la politique ignoble du gouvernement – avec laquelle rivalise la mairie – il y a des femmes et des hommes qui se dressent pour venir en aide aux réfugiés.

Correspondant LO