Italie : esclavage des champs

01 Mars 2017

Dans la région de Bari, dans le sud de l’Italie, six personnes ont été arrêtées jeudi 23 février. C’est l’aboutissement d’une enquête ouverte après le décès d’une ouvrière, littéralement morte de fatigue le 13 juillet 2015, alors qu’elle travaillait dans les vignes d’une entreprise agricole.

Le cœur de Paola Clemente a lâché lors d’une journée de travail ordinaire, sous un soleil de plomb, pour 2 euros de l’heure. Sa mort est venue rappeler les conditions scandaleuses de vie et de travail dans les exploitations agricoles, sous le régime du caporalato, grâce auquel les propriétaires de domaines agricoles chargent des intermédiaires, les caporali, de recruter et de surveiller leur main-d’œuvre, pour des paies misérables, voire inexistantes. Plusieurs scandales avaient déjà éclaté, montrant les conditions proches de l’esclavage faites à des milliers d’immigrés contraints de faire des journées de 15 heures dans les champs de tomates au moment de la récolte, logés dans des baraquements insalubres, enfermés, et peu payés ou pas payés du tout.

Pour éviter le fléau du caporalato, les autorités insistaient depuis 2011 pour que le travail dans les campagnes soit confié à des agences de recrutement. Qu’à cela ne tienne, les anciens caporali ont mis une cravate et sont devenus directeurs d’agences d’intérim, à l’image de celui d’Infor Group, qui avait recruté Paola Clemente et employait 600 autres ouvrières agricoles.

Sur le papier, tout était en ordre, les ouvrières payées au tarif horaire en vigueur de 7 euros. Un salaire déjà insuffisant, qui était en réalité divisé par trois, puisqu’une ouvrière ayant effectué 200 heures dans le mois se voyait remettre un bulletin de paye pour 50 à 70 heures. Le tout accompagné de pressions et de menaces. « Dans la région, il n’y a pas de travail. Nous nous endormions en parlant, tellement nous étions fatiguées, mais c’était ça ou rien », témoignait l’une des ouvrières travaillant aux côtés de Paola.

Depuis la mort de l’ouvrière, une loi contre le caporalato a été votée, qui encourage à dénoncer cette pratique et promet d’en indemniser les victimes. Cela permettra au moins à ceux des ouvriers dont les papiers sont en règle de prétendre aux indemnités légales. Quant aux donneurs d’ordres, ces entreprises agricoles dont les tonnes de fruits et de légumes sont récoltées à des prix défiant toute concurrence grâce au caporalato et qui jouent les innocentes, la loi les incite à adhérer à un réseau du travail agricole de qualité. « Il faudra se battre pour nos droits, pour honorer la mémoire de Paola », disait l’une des ouvrières agricoles. C’est bien la seule façon de combattre l’exploitation.

Nadia CANTALE