Cancers professionnels : le patronat responsable et coupable

01 Mars 2017

Le 28 février, le Parlement européen a commencé l’examen d’une nouvelle directive « pour la protection des travailleurs contre l’exposition aux substances cancérigènes », mais il est d’ores et déjà clair que ce n’est pas elle qui protégera les ouvriers de la soif de profit patronale, proprement criminelle en ce domaine.

100 000 travailleurs meurent chaque année en Europe d’avoir été exposés durant leur travail à des produits cancérigènes. Et encore ne s’agit-il là que des cas officiellement recensés.

La réglementation adoptée en la matière par l’UE n’apportait jusqu’ici qu’une protection dérisoire aux travailleurs, et c’est pourquoi les dirigeants européens promettaient depuis plusieurs années déjà sa révision à la hausse.

Le texte soumis au Parlement a en effet été préparé en amont par un comité scientifique composé d’experts tout dévoués au patronat. Ses membres sont presque tous salariés ou consultants d’industries utilisant des produits dangereux, l’un d’eux assiste même les industriels dans les procès que leur intentent les familles de travailleurs victimes de cancers ! Résultat : alors que les syndicats réclamaient des seuils d’exposition pour 71 substances à l’origine de cancers, le comité n’en a retenu que 18, excluant par exemple les vapeurs de diesel. Pour ce qui concerne les valeurs limites autorisées, ces experts ont systématiquement repris les propositions patronales. Selon les calculs de l’Agence européenne des produits chimiques, la valeur retenue pour le chrome hexavalent « garantit un cancer du poumon sur dix travailleurs exposés ».

Mais les industriels savent imposer, auprès des faiseurs de lois, en Europe comme en France, le respect de leurs intérêts criminels.

Stéphane FORT