Aquaculture : petit poison deviendra grand

01 Mars 2017

L’aquaculture représente évidemment un progrès. On aurait pu se dire que cette technique permettrait de nourrir l’humanité correctement, sans les risques de la pêche au large, danger pour les marins depuis toujours et menace pour la ressource en poissons sauvages depuis l’industrialisation de la pêche.

Mais l’aquaculture a grandi avec les possibilités de son époque : les saumons sont encore plus tassés que les poulets en batterie et encore plus gavés d’antibiotiques que les veaux élevés sous la seringue. L’industrie est concentrée au point que le seul Marine Harvest produit et commercialise 30 % des saumons et des truites de la planète. Les géants de l’élevage mettent désormais en service des cages de 250 000 mètres cubes, contenant 10 000 tonnes de saumons, et des bateaux-fermes enfermant deux millions de poissons vivants. Les rejets de ces fermes marines géantes, déjections, nourriture, médicaments, pesticides, sont emportés par les flots. Le nettoyage est certes automatique et peu coûteux, mais la pollution est assurée. Il suffit d’observer quelques jours un aquarium d’appartement sans le nettoyer pour avoir une idée de ce que produisent 10 000 saumons vivant les uns sur les autres.

En 2016, au Chili, deuxième producteur aquacole mondial, une maladie s’est développée dans un élevage. 100 000 tonnes de saumons morts, bourrés de médicaments, ont été jetées à la mer. Cela a généré une pollution décimant les espèces sauvages et ruinant des milliers de pêcheurs et de ramasseurs de coquillages de la région.

De plus, une étude récente vient de démontrer que nombre de ces poissons d’élevage sont nourris avec de la farine de poisson… sauvage. D’énormes bateaux chalutent et des usines transforment en farine un quart de tout le poisson pêché dans l’océan. 90 % de cette pêche pourrait nourrir directement des êtres humains. Ainsi, au large des côtes d’Amérique du Sud, on pêche trois fois plus pour engraisser les saumons de Marine Harvest et des autres que pour les besoins de la population. En outre, la surpêche de petits poissons, sardines, harengs, anchois, pour les transformer en farine, détruit un maillon de la chaîne alimentaire, menaçant ainsi les espèces suivantes.

Les océans sont vidés et pollués, les consommateurs risquent l’empoisonnement, les pêcheurs côtiers sont ruinés, les populations les plus pauvres sont privées de poisson. Sous l’aiguillon de la course au profit, la promesse de l’aquaculture se transforme en malédiction.

Paul GALOIS