Loi “Rana Plaza” : les patrons veulent exploiter sans entraves

22 Février 2017

Le 24 avril 2013, l’effondrement d’un immeuble de la banlieue de Dacca, la capitale du Bangladesh, avait causé la mort de 1 138 ouvriers et en avait blessé plus de 2 000 autres. Ils travaillaient dans des ateliers de confection où régnaient des conditions d’hygiène et de sécurité lamentables, pour le compte de sous-traitants de multinationales, dont les groupes français Carrefour et Auchan.

Devant l’émotion soulevée par ce drame, ces multinationales n’ont pas pu complètement cacher leurs responsabilités, mais elles ont tout fait pour ne pas en payer les conséquences. Carrefour et Auchan ont refusé de participer au fonds d’indemnisation des victimes et Auchan, propriété de la richissime famille Mulliez, a proposé la somme dérisoire de 360 euros par mort ou blessé.

Mais, si ces entreprises refusent toujours de reconnaître leurs responsabilités, ce drame a abouti en mars 2015 au dépôt d’un projet de loi à l’Assemblée nationale pour obliger les entreprises françaises à un « devoir de vigilance » à l’égard de leurs sous-traitants dans les pays du tiers-monde. Faute de respecter ce devoir, les entreprises qui emploient plus de 5 000 salariés en France, ou plus de 10 000 en France et dans le monde, pourraient être condamnées à une amende allant jusqu’à 10 millions d’euros.

La loi dite « Rana Plaza » devrait être adoptée définitivement fin février, après deux votes négatifs au Sénat. Mais le Medef, par la voix de son président Gattaz, a déjà dénoncé ces « nouvelles contraintes imposées à des sociétés françaises ». Un député Les Républicains a parlé d’une loi qui veut « tuer la filière textile en France ». Les trusts français et internationaux ne veulent aucune entrave à leur droit d’exploiter.

Les profits de Carrefour, Auchan et de quelques grands groupes textiles ont la couleur du sang.

Cédric DUVAL