Une police dressée contre les pauvres

15 Février 2017

Le viol de Théo par les policiers n’est pas seulement l’acte isolé de quelques brebis galeuses dans la police, mais le résultat d’une politique et d’un climat entretenu par ceux qui sont à la tête de l’État.

L’itinéraire du commissaire d’Aulnay, supérieur hiérarchique des agresseurs, laisse deviner l’ambiance dans son commissariat. En 2004, alors qu’il était chef adjoint de la brigade anticriminalité de nuit à Paris, ses hommes avaient plaqué au sol après une course poursuite un chauffard ivre qui menaçait sa passagère. L’homme avait fini sur le bitume, pantalon et slip baissés, un enjoliveur entre les fesses, et avait accusé les policiers de l’avoir menacé de sodomie. Le commissaire était présent sur les lieux et avait été condamné à l’issue du procès à un an de prison avec sursis et un an d’interdiction professionnelle pour abstention volontaire d’empêcher un crime ou un délit.

Ces actes auraient dû interdire à vie à un tel individu d’occuper un emploi dans la police, et encore plus un poste de responsabilité. Mais manifestement il ne s’agissait que de broutilles pour ses supérieurs hiérarchiques, puisqu’ils l’ont nommé commissaire responsable de tout le district nord-est de la Seine-Saint-Denis. À moins qu’ils n’aient pensé que ce sont précisément de tels chefs qu’il faut aux policiers travaillant dans les banlieues.

Dans les manifestations contre les violences policières qui se sont déroulées après le viol de Théo, les jeunes dénoncent le racisme de la police lors des contrôles d’identité au faciès. Une illustration de ce racisme qui gangrène les forces de répression a encore été ­donnée lors d’un débat dans l’émission « C dans l’air » sur France 5. Répondant au témoignage d’une jeune fille qui relatait comment elle se faisait traiter de « bamboula » par les policiers, un représentant du syndicat Unité police SGP-FO, qui recueille presque 50 % des voix aux élections professionnelles a déclaré : « Bamboula, ça reste encore à peu près convenable. » Dans les banlieues, la police est maintenue dans un climat d’hostilité vis-à-vis de la population, et en particulier des immigrés. Des brigades spécialisées comme la Brigade de sécurité de terrain (BTS), à laquelle appartenaient les policiers auteurs du viol de Théo, sont envoyées en patrouille équipées de toute une panoplie, casques, uniformes noirs, armes du type lanceur de balles, comme si c’était la guerre avec les jeunes du quartier. Il n’est pas étonnant que bien souvent la guerre finisse par éclater !

Daniel MESCLA