Présidentielle : la bourgeoisie n’aime pas l’incertitude

15 Février 2017

Comme chacun sait, le grand patronat, ceux que la presse nomme les investisseurs, et autres possesseurs de capitaux, ne détestent rien tant que l’incertitude. Il suffit de peu de chose pour les déboussoler, et les incertitudes de la campagne présidentielle y suffisent.

À l’automne dernier, tout semblait pourtant presque écrit à d’avance. Lors de ses primaires, la droite avait choisi Fillon, qui promettait du sang et des larmes aux travailleurs et du miel et des fleurs à la bourgeoisie. Cela avait d’ailleurs déjà été sa politique durant les cinq années où il avait été Premier ministre.

Mais voilà qu’une stupide affaire de favoritisme familial, somme toute banale dans le monde des politiciens, assombrit l’avenir de Fillon. Depuis la révélation de ses turpitudes, il est en baisse dans les sondages, au point que la droite, qui pariait sur le rejet de la gauche au pouvoir pour accéder facilement à l’Élysée, pourrait ne même pas être présente au second tour de l’élection. Et même si jusqu’à présent Fillon a réussi à éviter qu’un autre homme de droite prenne sa place de candidat, il n’en traîne pas moins une casserole pesant autant qu’un boulet.

Du côté de la gauche gouvernementale, l’abandon de Hollande et l’élimination de Valls ont privé le patronat de deux candidats potentiels qui, aux plus hauts postes de l’État, lui avaient amplement démontré leur allégeance. Bien sûr il y a Hamon, issu lui aussi du gouvernement Hollande, mais qui est tellement sûr de perdre l’élection qu’il en est réduit à faire un peu de démagogie pour plaire à la gauche de l’électorat du PS. Comment miser sur un tel cheval ?

À droite, Marine Le Pen pose encore problème au patronat, non à cause de sa démagogie anti-immigrés, mais à cause de ses discours anti-Europe, même si dernièrement elle met les bouchées doubles pour rassurer le patronat sur ses intentions.

Alors il reste Macron, issu du gouvernement Hollande et dont le pedigree de banquier plaide pour lui. Il dispose de moyens financiers, a la cote dans les médias et la « révolution » qu’il promet est de celles qui peuvent plaire au milieu patronal. Mais ce cheval sera-t-il à même de tenir la distance jusqu’au 23 avril ?

Et voilà comment une campagne électorale qui semblait acquise d’avance finit par inquiéter le patronat, au point que l’on commence à dire que les « marchés » sont inquiets. Pour les rassurer, il faudra vraiment que l’élu de la présidentielle se dépêche de débloquer les mesures, et surtout les milliards, que le patronat en espère.

Lucien DÉTROIT