Politiciens en campagne : Gattaz fixe le cap

15 Février 2017

Avant même de recevoir fin mars la plupart des candidats à l’élection présidentielle, le président du Medef, dans un long entretien au Figaro, a expliqué ce qu’il attend du futur locataire de l’Élysée.

Gattaz sait d’avance que le président élu fera tout pour satisfaire au mieux les intérêts du patronat. Mais cela ne l’empêche pas de fixer les grandes lignes de ce qu’il en attend dès les premiers mois de son quinquennat.

Pour Gattaz, rien moins qu’un « avenir radieux est possible pour la France ». C’est vrai que le passé l’est déjà pour les siens, avec les 40 milliards d’euros annuels de baisse de prélèvements rien qu’avec le CICE et les 56 milliards d’euros de dividendes distribués l’année dernière aux actionnaires du CAC 40. Mais le représentant du patronat voit plus loin, même si au passage sa promesse de créer un million d’emplois, dont la réalité s’est réduite au port d’un petit pin’s pendant quelques jours, est passée aux oubliettes.

Les solutions de Gattaz sont simples : tout pour le patronat, rien que pour le patronat. Pour commencer, il propose de supprimer massivement les formations offertes aux jeunes en les réduisant aux stricts besoins des entreprises. Face aux réglementations entravant l’exploitation dénoncées par le dirigeant du Medef comme des carcans, sa solution serait de détruire ce qui reste du Code du travail.

À côté des revendications immédiates du patronat, comme de plafonner les indemnités prud’homales et de supprimer le compte pénibilité, Gattaz met en avant des projets plus vastes. Il propose de réduire d’un tiers l’impôt sur les sociétés, pour le rabaisser à 22 % au lieu des 33,33 % d’aujourd’hui. Amoureux des chiffres ronds, il propose pour cela de puiser 100 milliards dans les caisses de l’État. Et comme les suppressions de services utiles à la population et les destructions d’emplois publics ne suffiront pas, il suffira de taxer encore un peu plus les classes populaires en augmentant de deux points la TVA.

Attention, contrairement à ce que font entendre certaines mauvaises langues, Gattaz ne fait pas de politique, le satisfecit donné à Fillon et en partie à Macron ne valant pas adoubement patronal. Répondant au journaliste qui s’interrogeait sur le moyen d’éviter de mettre deux millions de travailleurs dans la rue avec un tel programme, le roué président du Medef conseille une subtile pédagogie : ne pas seulement affirmer qu’il faut travailler plus et plus longtemps en gagnant moins, mais faire croire que cela permettra à terme une amélioration de l’emploi.

Nul doute que ces bons conseils seront écoutés avec attention par les candidats qui, au pouvoir, aspirent à servir les intérêts de la bourgeoisie. Aux travailleurs de se préparer à répondre collectivement à toutes ces attaques programmées.

Gilles BOTI