Mal-logement : une question cruciale

15 Février 2017

Être privé de logement, se retrouver à la rue ou hébergé par des proches, élever ses enfants dans un logement inadapté ou insalubre, être soumis aux marchands de sommeil, ce sont des catastrophes qui hantent les classes populaires.

Les promesses des candidats se succèdent, quinquennat après quinquennat, mais elles ne sont pas tenues et la crise du logement se perpétue. La pénurie de logements qui en résulte favorise la spéculation immobilière, qui chasse toujours plus de familles des centres-villes pour des logements de plus en plus éloignés. La hausse généralisée des loyers fait le bonheur des propriétaires mais elle plombe les budgets des familles.

Hollande avait annoncé la construction de 500 000 logements par an, dont 150 000 logements sociaux. Mais finalement c’est de l’ordre de 370 000 logements, dont moins de 120 000 logements sociaux, qui sont sortis de terre. La construction de logements est laissée en grande partie aux sociétés immobilières et dans une moindre mesure aux particuliers. Les patrons du béton se détournent de la construction de logements sociaux parce que ce ne sont pas des investissements suffisamment rentables. Ils préfèrent d’autres investissements, la construction de logements de standing ou de bureaux par exemple, qui rapporte bien plus, même s’ils sont finalement sous-occupés. Ainsi, rien qu’en région parisienne, la surface de bureaux vides avoisinait en 2014 les 4,43 millions de mètres carrés.

Loger convenablement les classes populaires nécessiterait d’orienter le budget de l’État vers le financement d’un programme massif de construction de logements sociaux. Or, aujourd’hui, l’État se contente d’inciter, aux frais des contribuables, les investisseurs petits ou grands à construire des logements destinés à la location aux prix du marché. Rien ne contraint les patrons de l’immobilier, les promoteurs, à construire les logements nécessaires, au lieu de rechercher les plus gros profits.

Dans l’immédiat, il faudrait s’attaquer aux 3 millions de logements vacants, à commencer par ceux qui sont tout de suite habitables. La loi permet les réquisitions de logements vides, mais les procédures sont tellement longues et complexes qu’elles n’aboutissent pas. Les propriétaires sont menacés d’amendes mais beaucoup s’en moquent, vu leurs revenus. Tant que les logements manquent, les familles les plus pauvres se retrouvent les otages des propriétaires de logements insalubres ou à des loyers très élevés. D’autant qu’aucune mesure efficace n’est prise pour limiter les abus car, pour cela, il faudrait avoir la volonté de s’attaquer à la propriété privée.

Au lieu de mesures incitatives inefficaces qui grèvent le budget de l’État, un gouvernement réellement au service des classes populaires prendrait des mesures de contrainte pour parvenir à enrayer le mal-logement au plus vite. Il faudrait seulement avoir le courage d’affronter les levées de boucliers des associations de propriétaires et d’obliger les promoteurs à agir en fonction des besoins de la collectivité.

Inès Rabah