Le Pen : ce que le patronat veut, elle le veut

15 Février 2017

Invitée sur France 2 jeudi 9 février, Marine Le Pen a déroulé pendant plus de deux heures un programme hostile aux immigrés et pétri de nationalisme.

Elle promet une série d’attaques contre les travailleurs immigrés : taxation des contrats de travail avec des étrangers, obligation de deux ans de présence sur le territoire pour avoir accès aux remboursements par la Sécurité sociale, préférence nationale pour l’accès au logement.

En rendant les immigrés responsables de tous les maux, Le Pen dédouane d’abord le patronat. Comme si les licenciements chez PSA, chez Alstom et dans tant d’autres entreprises riches à milliards étaient dus à l’embauche d’étrangers ! Elle dédouane aussi, de fait, les gouvernements présent et passés. Car s’il manque des emplois et des logements, ce n’est pas parce qu’il y a des étrangers, mais parce que les gouvernements, au lieu de construire des logements et d’embaucher dans les services publics, ont utilisé l’argent de l’État pour arroser le patronat de subventions.

Le Pen a d’ailleurs clairement annoncé qu’elle poursuivrait cette politique si elle était élue, en maintenant les dispositifs existants comme le CICE et en baissant encore l’impôt sur les sociétés. Elle n’évoque jamais d’embauches dans les services publics, sauf peut-être dans la police, et s’il n’y a pas assez de logements, sa solution n’est pas d’en construire, mais d’en exclure les étrangers. En d’autres termes, elle appelle les travailleurs à supporter la misère.

Le Pen a prétendu vouloir lutter contre les délocalisations en augmentant les taxes douanières sur les produits importés – passant sous silence l’augmentation des prix qui en découlerait. Cinéma électoral oblige, elle a menacé Renault et PSA de les obliger à prendre sur leurs bénéfices pour rapatrier leurs usines en France. Il n’y a cependant pas de quoi trembler pour les actionnaires : Le Pen ne va pas jusqu’à dire comment elle leur imposerait de rogner sur leurs profits. En attendant, elle n’a rien à dire contre les dizaines de milliers de postes supprimés ces dernières années par ces entreprises, non pour délocaliser, mais pour augmenter la productivité dans leurs usines, ici en France.

Comme les autres politiciens, Le Pen considère justement qu’il est normal et inévitable que la société soit organisée en fonction des profits de la minorité capitaliste. Ni ce soir-là ni dans d’autres occasions, on ne l’a entendue dénoncer les vrais privilégiés, responsables du chômage : les grands actionnaires et PDG des grandes entreprises, les Bettencourt, Arnault, Bolloré, Peugeot. Comme le PS et la droite, elle sait qu’elle devra leur dérouler le tapis rouge si elle est élue. Et derrière ses grandes phrases sur le « peuple », tout ce qu’elle a à dire aux travailleurs est de se déchirer entre eux pour le plus grand profit du patronat.

Claire DUNOIS