Hamon : de la poudre aux yeux

15 Février 2017

« Un futur désirable pour faire battre le cœur de la France » : voilà ce qu’on peut lire, en introduction à son programme, sur le tract de Benoît Hamon que les militants du Parti socialiste commencent à distribuer.

Du point de vue du style, l’ensemble du texte, centré sur « les transitions à l’œuvre », est de la même eau. Mais quel programme se cache derrière ces envolées qui se veulent lyriques ? Bien malin qui y trouvera des propositions concrètes et une quelconque espérance pour les travailleurs.

Instaurer une VIe République, revenir à un septennat présidentiel, interdire le diesel, augmenter la part du bio dans les cantines scolaires, créer un impôt européen sur les multinationales, etc., on nous a déjà chanté la chanson. Toutes ces propositions restent nimbées d’un flou artistique et, de plus, elles sont à des kilomètres des préoccupations principales des millions de travailleurs, ceux qui ont un emploi mais n’arrivent pas à s’en sortir avec leur faible salaire, les plus de cinq millions de chômeurs à qui l’on ne propose même pas d’emploi, et les retraités qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts.

Depuis sa sortie du gouvernement en 2014, Hamon s’est posé en candidat de la gauche du PS, opposé à la politique de Hollande, et il a cultivé une ambiguïté qui peut faire croire qu’il est différent. Mais, même dans son tract électoral, il semble encore faire machine arrière par rapport aux points du programme développés sur son site.

Hamon a fait du revenu universel son cheval de bataille, mais son tract ne mentionne même plus les 750 euros – somme pourtant bien insuffisante pour vivre – évoqués dans son programme sur Internet. Seul point positif qui se trouve dans les deux textes, mais si maigre qu’il ne peut pas répondre aux attentes, il propose d’augmenter le RSA de 10 % en 2018 et de l’étendre aux jeunes de 18 à 25 ans. Quant au smic, Hamon dit vouloir l’augmenter lui aussi, mais ne dit ni quand ni de combien. Si cette hausse se limite à la revalorisation habituelle, il n’aura certes pas renié sa promesse, mais les travailleurs n’auront rien de plus dans leur poche. Hamon ne chiffre non plus aucun montant pour ce smic, alors qu’aujourd’hui il devrait être au minimum de 1 800 euros net. On peut constater la même chose avec l’augmentation du point d’indice des fonctionnaires qu’il envisage, où le flou est total.

Dans ce tract, Hamon ne dit rien non plus sur l’abrogation de la loi travail, cette attaque violente contre les travailleurs, et contre laquelle ils se sont mobilisés. Rien sur le chômage, pourtant la principale préoccupation des travailleurs, ni sur les moyens à employer pour le combattre et obliger les entreprises bénéficiaires à embaucher.

Hamon n’entend pas s’attaquer à ce système au service exclusif des classes possédantes. Il ressort de ses propositions que, s’il était élu, les travailleurs n’auraient droit qu’à des miettes, ou plutôt à leur apparence.

Marianne LAMIRAL