Fillon : le candidat est pourri, son programme aussi

15 Février 2017

Après les révélations sur les emplois fictifs de sa femme et de ses enfants, Fillon a repris sa campagne, perturbée à chaque étape par des manifestants.

Il a commencé par se rendre à Troyes, auprès de François Baroin, puis à Poitiers, auprès de Jean-Pierre Raffarin. Il s’agissait de montrer qu’il a le soutien de ces leaders des Républicains. Au cours de son meeting à Poitiers, Fillon s’est présenté comme la victime d’une campagne de calomnies : « Si je suis à ce point l’homme qu’il faut mettre à genoux, c’est parce que je suis porteur d’un projet qui bouscule le système. » Fillon, antisystème ? Mais son programme ne fait qu’aggraver la politique menée par le gouvernement de gauche, et par Fillon lui-même avant 2012 : suppression massive de postes de fonctionnaires, recul de l’âge de la retraite, fin de l’ISF, aides massives aux entreprises.

À Troyes, Fillon n’a pu éviter de croiser des manifestants l’appelant « escroc, voleur ». De même, en visite à La Réunion le week-end suivant, il a de nouveau croisé des manifestants lui réclamant de « rendre l’argent ». La presse réunionnaise a critiqué des propos relevés dans ses meetings, comme à Sablé-sur-Sarthe, cet été, où il avait justifié la colonisation en affirmant : « La France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord. »

Sur place à La Réunion, Fillon a qualifié l’île de « symbole de la grandeur de la France », comme aux plus beaux jours de l’époque coloniale. Et d’ajouter à propos de l’immigration : « Il est temps de serrer les vis et de rappeler que la France est une nation, pas une passoire. Sur l’île voisine de ­Mayotte, l’immigration clandestine est une menace pour la cohésion sociale. »

On verra si Fillon réussira à faire oublier ses affaires d’emplois fictifs pour parler, comme il dit, de son programme. Mais ce qu’on y trouve, la défense de l’héritage du colonialisme, du travail forcé et de l’esclavage, et les attaques contre les immigrés, ce n’est pas plus ragoûtant.

Hélène COMTE