Euro ou pas, c’est selon

15 Février 2017

En matière de programme économique, Le Pen père et fille étaient jusque-là plus sommaires encore que leurs concurrents de droite et de gauche. Deux mesures devaient selon eux résoudre tous les problèmes : transformer les travailleurs immigrés en esclaves sans droits, d’une part, sortir de l’Union européenne et revenir au franc, d’autre part.

Marine Le Pen a évidemment gardé la propagande raciste et antiouvrière mais, espérant accéder un jour au pouvoir, elle a dû en rabattre sur la sortie de l’euro. En effet la grande bourgeoisie, qui détient la réalité du pouvoir dans ce pays, est pour le moment favorable à l’euro et à l’Union européenne, qui facilitent ses affaires. L’opinion publique officielle, les patrons du luxe, de l’automobile ou de la banque, n’ont de cesse d’affirmer les bienfaits de l’euro. C’est à ces gens-là que Marine Le Pen fait allégeance lorsqu’elle bafouille sur la sortie de l’euro sans en sortir tout en en sortant, comme elle l’a fait lors de son émission de télévision jeudi 9 février.

Vis-à-vis de son électorat, Marine Le Pen veut continuer à dire que l’euro et l’Union européenne sont la cause du chômage et de la baisse du niveau de vie, ce qui a le mérite de dédouaner le patronat de ses responsabilités en la matière. Dans ses 114 propositions, elle en dit le moins possible sur la question. Le programme se borne à évoquer « une Union européenne respectueuse de la souveraineté de la France » et à promettre un référendum sur la question, après négociation avec les partenaires européens. Rien que de très banal, de très fumeux et qui indique aux capitalistes qu’ils peuvent dormir sur leurs deux euros.

Ce demi-revirement de Marine Le Pen n’est pourtant qu’apparent et son grand écart n’est pas si douloureux. Car, franc ou euro, tout ce petit monde de la bourgeoisie et de ses représentants est d’accord pour maintenir les travailleurs sous le joug. Et, au-delà des programmes électoraux, de la démagogie de l’extrême droite et même de la monnaie ayant cours, c’est là le fond de la question.

Paul GALOIS