“Ce n’est pas sa place ici”

15 Février 2017

Mardi 7 février, avant de se rendre à Troyes, François Fillon s’est arrêté à l’usine du Coq sportif de Romilly-sur-Seine. Il voulait se servir du symbole constitué par la relocalisation réussie en 2010 du siège social de cette marque de polos, qui avait quitté Romilly en 1988.

Ce choix a été favorisé par une subvention de plus d’un million d’euros venant de l’État et des collectivités locales, avec en contrepartie la promesse de 200 créations d’emplois d’ici 2018. Mais il s’est traduit aussi par de rares mutations forcées de l’Alsace dans l’Aube et des dizaines de suppressions d’emplois à Entzheim. Les quelques dizaines d’emplois nouveaux à Romilly ne compenseront jamais les milliers perdus ces dernières années. Mais l’opération fut une grande réussite financière.

Le 7 février, Fillon s’est donc arrêté à Romilly, est entré précipitamment dans l’usine, a traversé les ateliers et serré quelques mains, comme celle de Sylviane à sa machine à coudre, sans prendre le temps de l’écouter. Elle a confié son indignation aux journalistes : « Ce n’est pas sa place de venir voir les ouvriers ici. Nous, on commence à 7 heures du matin, on n’est pas du tout du même monde, on gagne 1 000 euros. On ne gagnera jamais la somme qu’il a détournée à la France. » Quelques manifestants, mais aussi des supporters, étaient tenus à l’écart, derrière les grilles de l’usine.

Le même scénario s’est reproduit à Troyes, lors de sa visite de la Technopole de l’Aube puis de la Médiathèque, au centre-ville. Fillon traversa très rapidement un groupe de supporters et ignora les manifestants dont il n’entendra pas les huées : « Remboursez ! », « Le million ! » Fillon s’est adressé à un aréopage de décideurs d’entreprises et d’élus à qui il aurait déclaré : « Mon rêve, c’est la France libre ! », énumérant des mesures fiscales plus souples et des impôts plus légers pour les créateurs d’entreprises, la suppression de l’impôt sur la fortune…

Aucune réunion publique avec les militants Les Républicains n’était prévue. Ils avaient été invités, au dernier moment, à se masser sur le passage du cortège. Ils ont tout juste pu lancer quelques « Fillon président ! » lorsque le candidat a pénétré en hâte dans la Médiathèque, afin de tenter de couvrir des interpellations de manifestants tenus à l’écart. Un petit groupe de supporters s’est même fourvoyé à l’entrée de l’espace Argence tout proche de la Médiathèque, présentant naïvement leur carte d’adhérent LR, persuadés de pouvoir alors pénétrer dans la salle... mais il s’agissait d’une conférence sur Jérôme Bosch réservée aux Amis des musées.

Il n’est pas sûr qu’après ses affaires d’emplois fictifs, le candidat Fillon redresse sa cote de popularité grâce à ce voyage éclair dans l’Aube.

Correspondant LO