Brésil : États en faillite et policiers en grève

15 Février 2017

Entrées des casernes et des commissariats bloquées, panique dans la ville, homicides en hausse : c’est la situation à Vitoria, capitale de l’Espirito Santo, État côtier au nord de Rio. Et c’est ce qui menace l’État de Rio lui-même.

À dix jours du carnaval, les commissariats étaient paralysés à 90 % et un tiers des casernes de la police en uniforme étaient bloquées vendredi 12 février par des femmes de policiers. Tous réclament des hausses de salaire, le paiement de salaires en retard, le paiement du treizième mois et des heures supplémentaires, accumulées en particulier dans la période des Jeux olympiques.

Or l’État de Rio, organisateur des JO de 2016 et vitrine mondiale du pays, est en quasi-faillite. Et il n’est pas le seul. Rio est pourtant un État riche, le second du Brésil pour la population et la production : métallurgie, automobile, pétrole, chimie et finance, sans parler du tourisme et du carnaval. Mais le pays est en pleine récession. Le produit intérieur brut a encore reculé de 3 % en 2016. Le chômage atteint 12 %. Rio tire du pétrole une grosse partie de ses ressources. Or le prix du pétrole a baissé et le scandale politico-financier autour de la compagnie nationale Petrobras n’arrange rien. Il faut aussi payer la facture des travaux entrepris pour les JO. Quant aux financements venant de la fédération, ils stagnent. 20 % seulement des recettes de la fédération sont reversés aux États, qui ont la charge de la santé, d’une grosse partie de l’enseignement et de nombreux services publics.

Le gouverneur veut donc résorber le déficit de 6 milliards de dollars en augmentant taxes et impôts et en réduisant les budgets sociaux. Le maire de Rio, Crivella, évêque d’une secte évangélique richissime, a pour mot d’ordre : « Interdit de dépenser ! » Il a déjà augmenté de 20 % les prix des transports en commun. La privatisation de la Cedae, qui gère les eaux et les égouts de la ville, est en cours. De nombreux autres services publics seront sous-traités, privatisés ou victimes de partenariats public-privé (PPP) qui dévient l’argent public vers les poches des capitalistes.

Gouverneur et maire s’attaquent aussi à leurs fonctionnaires. En décembre, le treizième mois n’a pas été versé. Le plan prévoit de baisser les salaires et de faire cotiser davantage pour la retraite, y compris les actuels retraités ! Mais d’ores et déjà les hôpitaux n’ont ni médicaments ni pansements. Des universités cessent de fonctionner, faute de matériel, d’entretien, de bourses, de salaires

Les hausses de tarifs et les coupes budgétaires suscitent l’indignation, d’autant plus que les scandales de corruption se succèdent. Fin novembre, Cabral, gouverneur de 2007 à 2014, a été emprisonné pour avoir détourné des dizaines de millions de dollars. Il bénéficiait par exemple de la surfacturation des chantiers de rénovation du stade Maracana pour la Coupe du monde de football de 2014, qui a coûté un milliard de dollars.

L’État de Rio réclame l’aide de l’État central, pour éviter des explosions sociales, comme celle qui commence peut-être dans la police. C’est ce que craignent les milieux dirigeants, pour Rio et l’ensemble du pays. Eh bien, c’est tout ce qu’on leur souhaite.

Vincent GELAS