Malte : l’UE veut renvoyer les migrants dans les camps libyens

08 Février 2017

Au sommet européen tenu le 3 février à Malte, il a surtout été discuté de la question des migrants. Les représentants des 28 pays de l’Union européenne se sont mis d’accord sur la nécessité d’un accord avec la Libye, sur le modèle de celui signé avec la Turquie en mars 2016, dans le but d’empêcher les migrants africains de gagner l’Europe.

« Il faut fermer la route allant de la Libye à l’Italie », a déclaré la veille du sommet le président du Conseil européen. En 2016, 180 000 personnes ont embarqué des côtes libyennes dans des bateaux de fortune pour rejoindre l’Italie, fuyant principalement la guerre en Somalie, au Sud-Soudan ou au nord du Nigeria, ainsi que les milices fondamentalistes érythréennes. 5 000 d’entre elles seraient mortes noyées.

Contrairement à certaines déclarations se prétendant humanitaires, ce n’est pas pour enrayer les décès que les dirigeants européens souhaitent établir un accord avec Tripoli. Ils sont prêts à verser 200 millions d’euros pour que les réfugiés soient parqués dans des camps, où ils seraient tout autant en danger.

L’Union européenne avait déjà conclu en 2009 des accords avec le dictateur Kadhafi pour qu’il joue le rôle de gendarme des frontières, en contrepartie d’aides financières. À la chute du régime en 2011, on avait alors découvert que plus d’un million d’Africains sub-sahariens étaient retenus dans des camps, y connaissant des conditions de détention effroyables.

Aujourd’hui, ces camps représentent toujours un enfer pour les réfugiés qui s’y trouvent. Selon un rapport d’Amnesty, confirmé par l’ambassadeur allemand au Niger, les migrants y sont séquestrés pendant des mois, battus et soumis à des sévices sexuels. Leurs familles sont rançonnées ; si elles ne peuvent pas payer, ils sont exploités, privés de nourriture, voire bannis dans le désert, ce qui les conduit à une mort certaine.

Ces camps seront-ils moins inhumains si l’Union européenne alloue des fonds supplémentaires au gouvernement libyen pour retenir les migrants ? À n’en pas douter, rien ne changera. Et puis, avec qui l’UE pourrait-elle négocier ? Le gouvernement libyen d’union nationale de Fayez al-Sarraj n’a d’union que le nom, son autorité ne s’étend que sur une partie du territoire ; le sud, notamment, est contrôlé par les milices du maréchal Haftar et, entre les deux, de nombreuses milices cherchent à s’imposer.

Face au chaos qui règne en Libye, même s’ils ne le disent pas, les dirigeants européens regrettent certainement l’époque de Kadhafi, qui se montrait si efficace pour retenir les réfugiés en les parquant dans des camps de concentration.

Léna PIGALLI