Le protectionnisme ne protègera aucun travailleur

08 Février 2017

À droite comme à gauche, des candidats à la présidentielle entonnent le refrain du protectionnisme. Le Pen avec sa taxe de 3 % sur les importations. Mélenchon avec son protectionnisme prétendument solidaire, pour limiter les importations des pays où les droits sociaux sont faibles. L’un comme l’autre présentent cela comme un moyen de protéger les travailleurs en France. Le fait de rendre plus chers les produits étrangers, obligeant à acheter français, sauverait par là même leurs emplois.

C’est un mensonge autant qu’une absurdité. D’abord parce que dans une économie mondialisée, où il faut des centaines de pièces provenant de toute la planète pour fabriquer les produits les plus complexes, acheter français ne veut rien dire. Et s’il fallait appliquer une taxe à toutes les pièces étrangères composant une voiture ou un avion aux couleurs de l’hexagone, cela ne ferait sans doute pas baisser leur prix. Quant aux salariés des entreprises étrangères, ils sont près d’un sur huit dans ce pays, employés par les Ikea, Ford, Siemens et autres Toyota. On se demande ce que deviendrait leur emploi si le protectionnisme se généralisait.

Le seul résultat de taxes sur les produits importés serait de faire grimper les prix pour les consommateurs, pas de sauver les emplois. D’ailleurs, bien des secteurs qui échappent à la concurrence étrangère n’en tirent pas moins les salaires vers le bas, n’en licencient pas moins, en imposant à ceux qui restent des conditions de travail infernales : c’est le cas des travailleurs de la distribution, du commerce ou de l’aide à domicile, qui ne risquent pourtant pas d’être délocalisés.

En réalité, pour amasser toujours plus de profits, les patrons exploitent toujours davantage et justifient leurs sales coups comme ils veulent. Aujourd’hui, ils licencient, imposent les heures supplémentaires non payées et le blocage des salaires au nom de la concurrence de l’étranger ou des machines ? Demain, ils le feront au nom du protectionnisme, au nom de l’industrie française et de la souveraineté économique qui impliquent des efforts… et justifient aussi la hausse des prix, histoire de se faire avoir aussi en tant que consommateurs !

Ce n’est pas sur des frontières et des droits de douane qu’il faut compter pour défendre, dans ce pays comme ailleurs, le droit des travailleurs à un emploi et à un salaire décent. Pour l’imposer, il faut vouloir s’en prendre aux profits, aux fortunes amassées par les actionnaires de ces grands groupes, quelle que soit leur nationalité. Il faut un programme de défense des intérêts ouvriers, un programme communiste.

Nadia CANTALE