Haïti : une catastrophe annoncée12/10/20162016Journal/medias/journalnumero/images/2016/10/2515.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Haïti : une catastrophe annoncée

A pa malédisyon ! Se eksplwatasyon ! Tel est le titre en créole de l’éditorial du journal Combat ouvrier (Union communiste internationaliste - UCI), publié par nos camarades des Antilles, après le passage meurtrier de l’ouragan Matthew sur les départements méridionaux d’Haïti.

Des centaines de morts selon le bilan officiel, peut-être un millier, des centaines de milliers de sans-abri, la faim, le choléra qui menace : la population pauvre de ce pays de 10 millions d’habitants vient de subir une nouvelle catastrophe, d’origine naturelle certes, mais dont les effets sont largement décuplés par l’incurie d’un État dirigé par une bourgeoisie égoïste et avide.

Cinq ans et demi après le séisme de janvier 2010, la population pauvre se relève à peine de la catastrophe, où elle a tout perdu, qu’un ouragan de force 4 sur une échelle de 5 est venu balayer, le 4 octobre, le sud du pays. Alors que la situation de la population pauvre ne cesse de se dégrader, voilà qu’elle paye les conséquences du passage de Matthew. Pourtant, des alertes avaient été lancées plusieurs jours auparavant dans la zone que le cyclone allait traverser : en Jamaïque, à Cuba, en Haïti et en Floride, les autorités ont relayé les alertes et organisé la protection des habitants… mais pas partout.

En Haïti, la Protection civile avait signalé des abris provisoires dans le grand-Sud pouvant accueillir pour quelques jours plusieurs dizaines de milliers de personnes. Or, non seulement plus de deux millions de personnes habitent les quatre départements touchés, mais ces annonces n’étaient que du bluff. Les sinistrés n’ont dû leur survie qu’à la solidarité entre riverains, comme le raconte une femme dont la cabane s’est effondrée et qui, avançant à l’aveuglette dans la tourmente, a été happée par des habitants qui l’ont protégée dans une maison en béton. Les dégâts matériels sont énormes. Les plus durement touchés ont été, évidemment, les habitants des villages de cabanes construites en bordure de mer. Les villages et les maisons sont inondés, les toits arrachés, les maisons et jardins détruits, le bétail emporté.

Après l’effondrement de ponts et de routes, la région a été littéralement coupée du monde pendant plusieurs jours, sans eau potable, sans vivres et sans communication possible. L’État, lui aussi, est aux abonnés absents. Alors que les sinistrés sont aux abois, l’aide arrive lentement, quand elle arrive, et les files d’attente se pressent quand un camion de ravitaillement d’une ONG est annoncé. Le choléra, pas encore enrayé, menace à nouveau de sévir suite aux inondations et à l’eau contaminée. Quant aux élections qui devaient se tenir le 9 octobre, elles ont été reportées sine die.

Dans leur éditorial du 8 octobre, nos camarades de Combat ouvrier écrivent : « Dans la population, on entend souvent, en Guadeloupe et en Martinique et aussi en Haïti, dire que c’est la “malédiction” qui frappe Haïti. Ce n’est pas vrai. C’est la pauvreté extrême qui fait la vulnérabilité de la population de ce pays aux catastrophes naturelles. Il n’y a pas de fatalité.

La majorité de la population vit dans des logements de fortune, posés dans des zones à risque d’inondation, d’écoulement de boue. 78 % de cette population vit sous le seuil de la pauvreté et 56 % dans une pauvreté extrême.

Le taux de chômage dépasse les 60 %. Les rares travailleurs ayant la possibilité de vendre à bas prix leur force de travail, les ouvriers de la zone industrielle de Port-au-Prince, sont licenciés par dizaines chaque jour, sous prétexte qu’il n’y a pas de travail. Or, pour les ouvriers restant en poste, les heures de travail augmentent, les quotas à fournir augmentent à un point inatteignable même par les ouvriers les plus aguerris. C’est la misère même pour ceux qui travaillent. Non, la catastrophe qui une fois de plus frappe nos frères haïtiens n’est pas une “malédiction”.

C’est le résultat de l’exploitation sanguinaire et pluriséculaire du peuple haïtien par les puissances impérialistes, dont la France et les USA. C’est la conséquence d’une société où une poignée de riches concentre entre ses mains 63 % de la richesse nationale. Eux ne subiront pas la “malédiction” de Matthew ! »

À mille kilomètres de là, en Floride, même si Matthew représentait encore un danger certain avec des vents de 170 km/h, 3 millions de personnes ont été évacuées et très peu de victimes ont été recensées. Et dans un pays pauvre, à 180 kilomètres de là, dans la zone orientale de Cuba touchée par Matthew avec la même intensité qu’au sud de Haïti, 1,5 million d’habitants ont été évacués avant le passage du cyclone. Baracoa, ville de 82 000 habitants, pourtant presque totalement détruite, ne déplore aucun décès. À Guantanamo, il en est de même ; les autorités américaines ont elles aussi évacué le personnel de leur camp, et les détenus ont été consignés dans des bâtiments solides.

La “malédiction”, c’est donc bien le capitalisme, qui maintient volontairement 10 millions d’Haïtiens dans la misère, à l’heure où n’importe quel météorologiste sait où et quand la catastrophe va se produire.

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