Bayer-Monsanto : fiançailles d’empoisonneurs

01 Juin 2016

Le groupe allemand de chimie industrielle Bayer propose de racheter son homologue américain Monsanto pour 55 milliards de d’euros.

Bayer, c’est l’aspirine et de nombreux autres médicaments, mais aussi les pesticides, les semences et toute la gamme des produits chimiques pour l’agriculture. Monsanto est connu pour ses semences génétiquement modifiées et son pesticide vedette, le Round Up. L’alliance entre ces deux entreprises formerait le premier groupe dans ce secteur et, si d’autres fusions en cours aboutissent, l’agriculture mondiale serait ainsi sous la coupe de trois sociétés seulement.

Bayer-Monsanto est capable de fournir le pesticide qui « nettoie » la terre en tuant tout, la semence génétiquement adaptée au pesticide et poussant malgré tout, les engrais nécessaires pour nourrir la plante dans cette terre appauvrie. Inutile de préciser que la semence donne des plantes stériles et qu’il faut donc racheter la semence chaque année… Cette culture est conçue pour de vastes exploitations et pour le marché mondial de quelques produits de base, un marché où les besoins de la population comptent moins que les aléas de la spéculation.

Les conséquences immédiates de l’agriculture aidée par Monsanto ou Bayer sont connues. Elles vont de l’empoissonnement des travailleurs de la terre à celle des consommateurs, de la disparition des abeilles à celle des variétés cultivées anciennes, de l’appauvrissement des sols à la diminution des terres arables. Les conséquences à long terme peuvent se révéler plus catastrophiques encore.

Pour leur défense, les capitalistes de l’agro-chimie invoquent la nécessité d’une production et d’une productivité toujours croissantes. Il est certain que la production agricole doit répondre aux besoins de la population mondiale. Il serait stupide de se priver des acquis de la science agricole, y compris la chimie et la génétique. Mais, si les Bayer et Monsanto ont démontré leur capacité à faire croître les profits, ils n’ont rien prouvé en ce qui concerne l’alimentation de l’humanité. La sous-alimentation et les famines persistent, conséquences directes du marché capitaliste.

De nombreuses campagnes ont été menées contre les empoisonneurs du type de Bayer, Monsanto et les autres. Certaines ont abouti à faire interdire des produits toxiques après des dizaines d’années d’utilisation, d’autres à faire indemniser des personnes empoisonnées. C’est déjà ça, mais ce n’est qu’une égratignure car les empoisonneurs ont un lourd passé. L’industrie chimique n’a pas fabriqué que des médicaments et des engrais, elle a aussi produit les gaz de combat et ceux des camps d’extermination pour l’ancêtre de Bayer, l’agent orange de la guerre du Vietnam pour Monsanto. Qui sait ce qu’elle fabrique aujourd’hui ? Sa puissance, encore renforcée par les regroupements en cours, sa fusion avec les grandes banques, le fait que les États soient à son service, la mettent hors de portée de simples protestations. Pour éradiquer de tels ravageurs, il n’est qu’une méthode, la révolution sociale.

Paul GALOIS