Compte pénibilité : patronat sans scrupule, gouvernement complice

06 Janvier 2016

Le compte pénibilité, créé en janvier 2014, a été présenté comme une compensation à l’augmentation de la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier d’une retraite à taux plein. Les salariés travaillant dans des conditions pénibles étaient censés pouvoir partir un peu plus tôt que les autres. Les derniers décrets précisant ce que le gouvernement entend par travail pénible viennent d’être publiés.

Ces dispositions concernent l’exposition au bruit ou aux agents chimiques, la manutention de charges, les postures pénibles, les hautes températures et les vibrations mécaniques. Mais elles reviennent en fait à une autorisation donnée au patronat pour ruiner la santé des travailleurs. Pour le port de charges lourdes, il faudra manipuler 7,5 tonnes cumulées par jour pendant plus de 120 jours par an pour avoir droit à un départ en retraite légèrement avancé. Dans les entreprises qui imposent ce régime, les travailleurs le payent sur leurs vieux jours, ou même bien avant, par des troubles musculaires et finalement par des années de vie en moins. C’est la conséquence directe des cadences, de la chasse aux temps morts ou des économies sur le matériel de levage. Et, qu’il s’agisse du bruit, de la température ou des autres nuisances, des moyens techniques permettraient presque toujours de rester bien en dessous des seuils fixés par ces décrets, quand il ne suffirait pas pour cela d’embaucher du personnel.

Mais ce permis de réduire l’espérance de vie des salariés ne suffit pas au patronat. Il n’a cessé de s’insurger contre ce compte pourtant si dérisoire, et le gouvernement a multiplié les reculades. La fiche individuelle de pénibilité pour chaque salarié, prévue à l’origine, aurait pu être contestée par certains travailleurs, bien placés pour connaître les risques qu’ils subissaient. Le gouvernement l’a remplacée par l’obligation de déclarer à la caisse de retraite les facteurs de pénibilité auxquels les salariés sont exposés. Ainsi les risques ne sont plus calculés en fonction du travail réel fourni par chacun, mais à partir de référentiels fixés par la branche d’activité pour chaque poste de travail type.

Le patronat a aussi fait retarder au maximum la mise en place du dispositif. Il ne sera opérationnel qu’au 1er juillet 2016 pour les six facteurs de risques concernés par les derniers décrets. Et le Medef ne s’arrête pas en si bon chemin. Il réclame des « ajustements réglementaires », prétendant que ce dispositif « va sans aucun doute accélérer les destructions d’emplois ».

Comme si ce n’était pas le patronat qui détruisait les emplois et dégradait la santé des travailleurs, avec la complicité du gouvernement.

Daniel MESCLA