Emploi : les patrons choisissent l’intérim

16 Décembre 2015

D’après l’Insee, le nombre d’intérimaires a explosé en un an, avec une augmentation de 10 %, soit plus de 51 000 emplois. La hausse la plus forte se produit dans les deux secteurs où les patrons ont le plus supprimé de postes : l’industrie et la construction, qui exploitent près de 65 % des intérimaires.

Dans le secteur de l’automobile, la part des intérimaires est impressionnante, comme dans les usines Renault où ils constituent 45 % de l’effectif, avec des chiffres encore plus importants sur les chaînes de montage. Les intérimaires sont en effet pour les trois quarts des ouvriers, le plus souvent affectés aux tâches les plus dures et les plus épuisantes, pour des missions de plus en plus courtes : deux semaines en moyenne en 2001 et 8,5 jours en 2012.

Pour les patrons, l’intérim est aussi le moyen de se débarrasser à moindre coût d’une partie des salariés dès que la production connaît des fluctuations, et cela sans avoir à se préoccuper d’offres de reclassement ni même d’indemnités de licenciement.

Les patrons profitent du chômage et d’un rapport de force qui leur est favorable pour démolir encore plus les conditions de travail. Le Medef revendique la fin du contrat à durée indéterminée (CDI), mais les patrons n’ont pas attendu que le gouvernement leur donne satisfaction pour commencer à le supprimer dans les faits pour des milliers de travailleurs.

Mais si les patrons pensent pouvoir museler complètement les travailleurs avec l’intérim, ils se trompent. Il y a quelques semaines, à Renault Flins, plus de 350 intérimaires ont fait grève pour protester contre les erreurs à répétition sur leurs fiches de paie. Et surtout, par toute sa politique, le patronat est en train de convaincre tous les travailleurs, quel que soit leur statut, que leur situation est de toute façon précaire et qu’il faudra se battre tous ensemble pour mettre un coup d’arrêt à tous les reculs sociaux.

Arnaud LOUVET