Espagne : Les élections catalanes - Nationalisme, indépendance, un leurre pour les travailleurs28/11/20122012Journal/medias/journalnumero/images/2012/11/une2313.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Espagne : Les élections catalanes - Nationalisme, indépendance, un leurre pour les travailleurs

En Catalogne, les élections anticipées qui ont eu lieu dimanche 25 novembre avaient été décidées par l'ancien président de la Généralité, Arturo Mas, leader du parti nationaliste de droite CIU (Convergence et Union). En jouant sur la corde de l'indépendance totale, dans cette région dont l'histoire a été marquée par de nombreux conflits politiques, économiques et culturels avec le pouvoir central de Madrid, Arturo Mas espérait dévier vers des revendications indépendantistes le mécontentement suscité par sa politique antiouvrière et les mesures d'austérité prises au niveau régional. Il espérait que sa surenchère lui vaudrait un succès électoral.

La politique et la propagande du numéro un de CIU a consisté à rendre le gouvernement central, symbolisé par Madrid, responsable de tous les maux. En exigeant une trop grosse part des rentrées fiscales, Madrid étranglerait l'économie catalane, contrainte de recourir à toutes les mesures d'austérité. Eh bien, l'argumentation n'a pas convaincu l'électorat de droite, ni attiré non plus celui des classes populaires. Toute la mise en scène marquée par l'immense manifestation de la Diada, la fête nationale de la Catalogne du 11 septembre, au cours de laquelle Mas s'est efforcé d'apparaître comme un sauveur, n'a pas donné le change.

En effet, si au lendemain des élections du 25 novembre le parti de Mas reste le parti majoritaire, il n'a pas la majorité absolue convoitée, et perd 200 000 voix, dont certaines sont allées vers le parti populaire de Mariano Rajoy, qui gagne 75 000 voix. Le parti dit centriste, Ciudadans, gagne aussi des voix. Au total, le score global des partis de droite progresse. D'autres voix perdues par CIU sont allées en majorité à Esquerra republicana (la Gauche républicaine catalane) qui apparaît comme le principal gagnant. Ce parti, aux couleurs de gauche mais avant tout indépendantiste, a participé avec CIU au gouvernement régional dans un passé récent.

Sur la gauche, le parti perdant est le Parti socialiste de Catalogne, qui continue de payer les déceptions de l'époque du socialiste Zapatero. Deuxième en voix, il passe en effet de 28 à 20 députés. Une partie de son électorat est allée vers la coalition Izquierda unida-les Verts, qui gagne quelque 120 000 voix et obtient 13 députés. Quant à la CUP, parti qui se définit comme anticapitaliste et indépendantiste et est soutenu par un groupe catalan lié au NPA, elle fait son entrée au Parlement avec 3 députés.

Même si on peut constater qu'Arturo Mas et son équipe réactionnaire se sont tiré une balle dans le pied, Il reste que ces élections marquent un renforcement de la droite. Mais le plus grave est que toute la campagne et tous les commentaires contribuent à faire du débat sur l'indépendance ou le fédéralisme le débat central dans cette région d'Espagne, industrialisée et en pleine crise, mais où dans le passé les luttes ouvrières ont fortement marqué la vie sociale.

Face aux attaques en règle qui le visent, le monde ouvrier aurait besoin de coordonner ses luttes dans toutes les régions d'Espagne, en clamant bien fort que les travailleurs de Catalogne, d'Andalousie, de Madrid ou de Valence ont les mêmes intérêts. Ces élections ont été une sinistre farce qui en prépare d'autres, car tous les partis vont sans doute jouer le jeu de la préparation d'un référendum sur l'avenir de la Catalogne. C'est brandir un miroir aux alouettes destiné à tromper les classes populaires.

La réalité, c'est que l'économie est aux mains des banquiers d'Espagne, d'Europe et au-delà. L'indépendance d'une région est un leurre et un piège, qui ne peut qu'intéresser les politiciens locaux et une partie de la bourgeoisie locale, mais pas les travailleurs. Le chômage, la baisse du pouvoir d'achat, les attaques contre les services publics n'ont pour responsable que la bourgeoisie, qu'elle soit espagnole, catalane ou européenne.

La bourgeoisie entend bien continuer à faire payer aux travailleurs la crise dont elle est responsable. Les travailleurs n'ont pas d'autre moyen de se défendre que d'engager une lutte d'ensemble face à cette offensive, pour ses intérêts qui sont les mêmes, quels que soient la région ou le pays.

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