Afrique du Sud : Malgré le recours aux lois de l'Apartheid Les mineurs tiennent bon05/09/20122012Journal/medias/journalnumero/images/2012/09/une2301.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Afrique du Sud : Malgré le recours aux lois de l'Apartheid Les mineurs tiennent bon

Le massacre qui avait fait 34 victimes, le 16 août, parmi les grévistes de la mine de platine Lonmin, à Marikana, au nord-ouest de Johannesburg, n'en finit pas de secouer la vie politique et sociale sud-africaine.

Les 28 000 ouvriers de Marikana, qui en sont à leur quatrième semaine de grève sans donner signe de faiblesse, ont d'ores et déjà entraîné dans leur sillage de nombreuses mines de platine, où les mineurs font grève pendant un ou deux jours, reprennent le travail pour souvent se remettre en grève quelques jours plus tard.

Partout la revendication des 1 250 euros par mois est reprise, et souvent vient s'y ajouter celle de la réélection des permanents locaux du puissant syndicat des mineurs (NUM), accusé, à juste raison, de collusion avec les compagnies minières.

Mais ce qui commence réellement à inquiéter les barons de la mine et le gouvernement sud-africain est le fait que le mouvement a désormais franchi les traditionnelles frontières corporatistes pour gagner le secteur bien plus important des mines d'or. Le 29 août, les 12 000 ouvriers d'une mine Gold Fields (4e producteur mondial d'or) se sont mis en grève, à Westonaria, à l'ouest de Johannesburg. Presque aussitôt leurs camarades de la mine Gold One de Modder, pourtant à l'autre bout de la province de Johannesburg, ont suivi leur exemple. Et là aussi les revendications sont les mêmes que dans le platine, tout comme d'ailleurs la brutalité des nervis, officiels ou non, des compagnies minières : à Modder, par exemple, quatre ouvriers ont été grièvement blessés au premier jour de la grève par des agents de sécurité.

Et pourtant, si l'expression de la colère des mineurs prend ainsi de l'ampleur, ce n'est pas faute de tentatives de la part des autorités pour les intimider, voire les terroriser. Ce qu'elles n'avaient pas prévu néanmoins, c'est que ces tentatives manqueraient leur but et, en plus, se retourneraient contre elles.

Ainsi un premier scandale a éclaté lorsque la presse s'est fait très largement l'écho de nombreux témoignages de mineurs arrêtés après le massacre de Marikana, accusant la police de passages à tabac systématiques, voire de tortures pures et simples.

Mais surtout, le comble du cynisme a été atteint le 30 août, lorsque le tribunal de Ga-Rankuwa a inculpé d'assassinat 279 mineurs de Marikana arrêtés ou blessés le 16 août... pour le meurtre de leurs propres camarades par la police ! Pour cela il a suffi qu'un procureur régional, d'ailleurs lui-même ancien procureur de l'ère de l'Apartheid, ressorte des placards une loi scélérate de son temps, avec l'assentiment du gouvernement multiracial. Cette loi, dite « doctrine de l'objectif partagé », avait servi au régime de l'Apartheid à condamner de très nombreux militants à de lourdes peines de prison pour meurtre, au motif qu'ils se revendiquaient d'organisations politiques ou de syndicats dont des membres avaient participé à des manifestations ou grèves au cours desquelles il y avait eu des victimes -- même si ces victimes avaient été tuées par la police ou si ces militants eux-mêmes n'avaient pas été présents lors des faits.

La fin de l'Apartheid n'a donc rien changé à l'attirail répressif de l'État contre ceux qui s'opposent aux classes possédantes !

Quoi qu'il en soit, face au scandale national déclenché par cette inculpation collective, le gouvernement a dû faire machine arrière. Le 3 septembre, toutes les inculpations liées au massacre du 16 août ont été levées et 162 mineurs ont été immédiatement libérés. Mais l'enquête criminelle sur les dix morts (dont six grévistes) qui avaient précédé le 16 août continue. Plus d'une centaine de mineurs restent dans les geôles de la police, tandis que les 162 autres ne bénéficient que d'une libération conditionnelle, avec interdiction de participer à des rassemblements sous peine de retourner derrière les barreaux -- ce qui équivaut à leur interdire de participer à leur propre grève !

Une bataille a donc été gagnée mais pas encore la guerre, loin s'en faut. Le gouvernement a dû céder un peu de terrain, mais les barons de la mine tiennent toujours bon. Jusqu'à quand, cela dépendra de la capacité des mineurs à se servir de leur force collective, qui est considérable dans ce pays, pour se faire craindre des grandes compagnies qui pillent l'Afrique du Sud avec l'aide de son gouvernement.

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