Partenariat public-privé en Seine-Saint-Denis : un pont d'or pour les promoteurs

13 Avril 2012

Le Conseil général de Seine-Saint-Denis a signé le 5 avril des contrats de partenariat public-privé avec les groupes Eiffage et Fayat pour la rénovation et la construction de douze collèges. Le coût total de ce contrat s'élève à 350 millions d'euros, dont 60 % seront financés par le public et 40 %, soit 140 millions, par le privé. Si l'apport principal vient bien du public, les profits reviendront au secteur privé.

En effet, le principe d'un partenariat public-privé est de laisser le financement de la construction à un promoteur qui avance une partie du capital, construit les collèges et loue les bâtiments à l'organisme public -- en l'occurrence le Conseil général -- pendant une durée fixée, à l'issue de laquelle ils reviennent à la collectivité. Ainsi le Conseil général devra s'acquitter auprès de ces deux sociétés d'un loyer de 20 millions d'euros pendant vingt ans à partir de 2015.

Cela permet au Conseil général dirigé par le PS, aujourd'hui très endetté du fait de crédits toxiques, de ne pas recourir aux banques qui pratiquent des taux d'intérêt onéreux. Mais le prix à payer pour la collectivité est en fait bien plus coûteux : elle devra débourser plus de 400 millions pour un investissement privé de 140 millions. Cela revient à construire à un taux de 9 %, plus élevé encore que les taux bancaires !

De surcroît, les expériences récentes de partenariat public-privé montrent qu'une fois le contrat signé, l'entreprise privée peut se montrer plus que négligente sur la construction comme sur la maintenance des bâtiments. La construction de l'hôpital sud-francilien, réalisée en partenariat-public privé par ce même groupe Eiffage, en est l'exemple : non seulement ce promoteur n'a pas tenu ses délais et a retardé l'ouverture de l'hôpital tout en encaissant les premiers loyers, mais Eiffage a renchéri le coût global de 100 millions d'euros. Quant à la maintenance des collèges, il est probable qu'ils se dégraderont très vite, car ces entreprises privées, avides de profits, ne verront aucun intérêt à rendre en bon état à la collectivité des locaux dont à terme elles ne tireront plus de bénéfices. Profits obligent.

En guise de partenariat, le secteur public sera cette fois encore la vache à lait du privé.

Aline URBAIN