Libye : Les grandes puissances sur le sentier de la guerre23/03/20112011Journal/medias/journalnumero/images/2011/03/une-2225.gif.445x577_q85_box-0%2C15%2C162%2C225_crop_detail.png

Dans le monde

Libye : Les grandes puissances sur le sentier de la guerre

Ne pas laisser le dictateur libyen massacrer son propre peuple, c'est en invoquant cette raison que, depuis le 18 mars, les avions de la coalition occidentale bombardent le sol libyen. Encore une fois, le droit des peuples est pour les dirigeants occidentaux, et notamment français, un prétexte de circonstance qui ne les empêche pas d'assister sans broncher, à l'autre bout du monde arabe, à l'écrasement des manifestants de Bahreïn par les troupes venues d'Arabie saoudite.

Mais ce dernier pays, au régime particulièrement réactionnaire et pas moins dictatorial que celui de Kadhafi, est un élément important pour le contrôle du Moyen-Orient par les puissances impérialistes et celles-ci n'ont donc aucune critique à lui faire. Au contraire, elles souhaitent que l'Arabie saoudite joue son rôle pour empêcher la déstabilisation d'une région si stratégique, et si déterminante pour leurs approvisionnements pétroliers.

Quant à Kadhafi, le fait qu'il soit un dictateur sans scrupules n'a pas empêché la France, la Grande-Bretagne, l'Italie, les États-Unis de coopérer avec lui pendant des années. Alors leur intervention d'aujourd'hui, comme toutes leurs interventions précédentes, a évidemment d'autres buts que la défense du droit des peuples.

Face au vent de révolte qui parcourt le monde arabe, les grandes puissances ont pris leurs distances d'avec les dictateurs qui étaient en place, de Ben Ali à Moubarak et à Kadhafi. Elles se sont présentées en défenseurs d'une prétendue transition démocratique. La résistance de Kadhafi leur offre maintenant l'occasion d'affirmer leur présence militaire. Mais c'est pour montrer que, quoi qu'il arrive, elles tiennent à rester les arbitres de la situation, prêts à intervenir partout où leurs intérêts seraient menacés.

C'est là que les problèmes commencent car il n'est même pas sûr que cette intervention militaire finisse par faire tomber Kadhafi. Elle pourrait au contraire finir par le renforcer politiquement, au lieu, comme elle le prétend, d'aider vraiment le peuple libyen à se débarrasser de la dictature. D'autre part, la coalition ainsi constituée a rapidement montré des fissures car chacun de ses membres a ses intérêts particuliers à défendre. Le gouvernement français s'est mis en avant pour tenter de restaurer une image compromise par sa coopération avec Ben Ali, Moubarak et... Kadhafi. De plus la Cyrénaïque, la région de Benghazi, est la région de Libye la plus riche en pétrole. Alors le gouvernement français espère bien avoir en retour de son intervention des retombées pour les trusts français, quitte à ce que ce soit aux dépens de ses alliés et concurrents comme l'Italie, particulièrement présente en Libye. Il est vrai que, quels que soient les effets de manche de Sarkozy, ce sont évidemment les États-Unis qui auront le dernier mot pour les suites à donner à cette aventure militaire.

Au moment où les peuples du monde arabe cherchent à se libérer de l'oppression et de l'exploitation, l'intervention des grandes puissances vise à maintenir leur domination sur la région, quitte à changer un peu, et encore, les hommes par qui passe cette domination. Mais on le voit, il ne faut pas longtemps pour que leurs interventions reprennent le sentier de leurs interventions précédentes, en Irak ou ailleurs : celui de la guerre et des bombardements. Des interventions qui ont laissé trop de traces sanglantes pour que les peuples puissent les avoir oubliées.

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