Il y a 20 ans - Irak, mars 1991 : Avec la bénédiction des grandes puissances Saddam Hussein réprimait deux soulèvements populaires16/03/20112011Journal/medias/journalnumero/images/2011/03/une-2224.gif.445x577_q85_box-0%2C9%2C172%2C231_crop_detail.png

Dans le monde

Il y a 20 ans - Irak, mars 1991 : Avec la bénédiction des grandes puissances Saddam Hussein réprimait deux soulèvements populaires

En mars 1991, alors que la guerre du Golfe lancée par les grandes puissances contre Saddam Hussein à la suite de l'occupation du Koweit par l'Irak s'achevait, deux soulèvements éclataient contre son régime. Ils mobilisaient les populations à majorité chiite au sud de l'Irak, et les populations kurdes au nord.

La défaite de Saddam Hussein dans la guerre du Golfe avait fait naître dans la population irakienne l'espoir de voir finir sa dictature. Ce sentiment était renforcé par les mensonges des grandes puissances qui, pour faire admettre à l'opinion mondiale leur intervention militaire, avaient prétendu lutter pour les droits de la population irakienne et appelé celle-ci à se débarrasser du dictateur.

Au sud, à Bassora, du 26 au 28 février 1991, plusieurs milliers de déserteurs irakiens avaient défilé contre la dictature de Saddam Hussein. Le 4 mars, des soldats des régiments de chars de l'armée régulière participaient à l'attaque des bâtiments du régime. Puis les insurgés attaquèrent les prisons et libérèrent les détenus. La ville, bombardée par les Iraniens pendant les huit années de la guerre Iran-Irak, pilonnée par l'aviation américaine en janvier-février 1991, manquait d'eau, de nourriture, de médicaments, accaparés par les troupes de Saddam Hussein qui y avaient établi leur quartier général. Le soulèvement s'élargit à toute une série de villes du sud.

Les 5 et 6 mars, les principales villes kurdes, au nord, se soulevaient à leur tour, notamment à Arbil et Souleimanye. Le 6, les émeutes gagnaient Kirkouk et Ranieh, des membres des milices kurdes se joignaient aux insurgés. Le 8, après deux jours de combats, les insurgés prenaient la ville de Souleimanye et exécutaient des responsables du parti Baath de Saddam Hussein.

Les dirigeants nationalistes kurdes coiffèrent la mobilisation populaire en plaçant les villes kurdes sous le contrôle de leurs milices.

Pendant ce temps, Saddam Hussein lançait contre le soulèvement chiite au sud des troupes qu'il n'avait pas engagées dans la guerre du Golfe. La région de Bassora était bombardée. Le 17 mars, les combats avaient cessé et fait 30 000 morts. Puis le dictateur irakien allait reprendre le contrôle de la région kurde, déclenchant la fuite de deux millions de Kurdes d'Irak cherchant un refuge en particulier en Turquie.

À cette occasion les grandes puissances, et d'abord les États-Unis, offrirent un bel échantillon du cynisme dont elles sont capables. Quand il s'agissait de mettre le holà aux ambitions de Saddam sur le Koweit, elles n'avaient pas de paroles assez dures pour dénoncer le dictateur. Mais devant la menace que pouvaient représenter ces soulèvements populaires, elle préférèrent laisser Saddam Hussein, dont les ambitions sur le Koweit était désormais vaincues, les réprimer à sa guise. Elles craignaient à la fois qu'un succès du soulèvement chiite ne renforce l'influence de l'Iran, et que les revendications des Kurdes d'Irak puissent s'étendre aux autres pays ayant une minorité kurde : Iran, Syrie et Turquie.

On vit donc les grandes puissances assister sans réagir à la répression des soulèvements qu'elles avaient elles-mêmes contribué à provoquer. L'Irak n'avait plus officiellement le droit d'utiliser des avions après le cessez-le-feu, mais les États-Unis fermèrent les yeux quand Saddam Hussein fit bombarder les populations du Sud. Quant aux pays voisins, comme le Koweit, ils bouclèrent les frontières pour empêcher la population de fuir la répression.

Les oppositions chiites et kurdes sortirent considérablement affaiblies de cette épreuve et le vaincu de la guerre du Golfe en sortit renforcé face à son peuple ! Les grandes puissances et les États de la région qui étaient leurs alliés préféraient accorder au dictateur irakien un sursis, qui allait durer douze ans, plutôt que de voir des peuples conquérir leurs droits.

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