Algérie : La contestation sociale se développe16/03/20112011Journal/medias/journalnumero/images/2011/03/une-2224.gif.445x577_q85_box-0%2C9%2C172%2C231_crop_detail.png

Dans le monde

Algérie : La contestation sociale se développe

Le courant de révolte qui parcourt le monde arabe depuis des semaines a aussi ses répercussions en Algérie, bien que d'une façon différente. Les manifestations organisées à plusieurs reprises par une Coordination nationale pour la démocratie et le changement (CNDC) n'ont guère mobilisé, sans doute parce que, à la différence de ce qui s'est passé en Tunisie, en Égypte ou en Libye, il n'y a pas à la tête du régime la figure d'un dictateur concentrant sur sa personne toutes les oppositions. En revanche, le pays connaît une vague de revendications sociales, de plus en plus large.

Le gouvernement visiblement préoccupé par cette agitation, mais aussi par les manifestations de jeunes qui ont eu lieu début janvier, fait parfois mine de lâcher du lest. Mais c'est tous les jours que des mouvements ont lieu aux quatre coins du pays : grèves, manifestations, sit-in, occupations de bâtiments officiels ou de barrages sur les routes, pour exiger des emplois, de meilleurs salaires, des logements ou la démission de maires ou de chefs d'entreprise, pour dénoncer la précarité, la corruption et la « hogra » (le mépris). Ainsi par exemple, les travailleurs du secteur paramédical, massivement en grève durant près de trois semaines, ont vu leurs revendications en partie satisfaites sur la question des salaires et de la revalorisation de leur statut. À leur tour, les médecins des hôpitaux publics réclament des revalorisations salariales, organisant des marches et des sit-in dans tout le pays. De leur côté, les conducteurs de trains des dépôts d'Alger, suivis par ceux d'Oran, ont obtenu après 24 heures de grève que leur prime de traction soit augmentée.

Un Comité national pour la défense des droits des chômeurs (CNDDC) s'est récemment constitué. Son porte-parole, Samir Larabi, a dénoncé l'insuffisance des récentes mesures du gouvernement destinées aux jeunes chômeurs, dont la prolongation de trois ans des contrats précaires, l'aide au micro-crédit pour créer sa propre entreprise ou l'attribution de terres agricoles dans le Sud. Il a rappelé : « On ne veut pas être des patrons, on veut du travail ! » Le CNDDC, qui a déjà organisé plusieurs marches de chômeurs dans le pays, appelle à une grande marche le 20 mars. De leur côté, les étudiants, en mouvement depuis près d'un mois contre une réforme de leur cursus, projettent une marche sur Alger début avril.

Ce ne sont pas seulement les fonctionnaires ou des catégories précaires qui se mettent en mouvement mais aussi les travailleurs de secteurs industriels. Ainsi par exemple, les travailleurs du complexe pétrochimique de Skikda ont organisé des sit-in permanents à l'extérieur de l'usine pour exiger des rappels de salaires et le paiement des primes promises. Les travailleurs du complexe sidérurgique ArcelorMittal à Annaba ont fait grève durant deux semaines pour exiger le départ de leur nouveau directeur, lui reprochant son refus d'appliquer l'accord sur les bénéfices. Les travailleurs du complexe pétrolier d'Hassi r'Mel, zone pétrolière du Sud, ont demandé à ce que leurs salaires soient réévalués à 87 % et non pas à 10 % comme le propose le syndicat officiel. Ils dénoncent aussi la nouvelle convention collective qui impose des négociations branche par branche en fonction de la santé financière respective de chaque filiale du groupe Sonatrach.

Le fait que la police ait été impuissante, lundi 7 mars, à empêcher la manifestation à Alger de près de 10 000 gardes communaux - un corps créé en 1995 pour suppléer la gendarmerie algérienne dans la lutte contre le terrorisme et qui réclame aujourd'hui de conséquentes augmentations de salaires en vertu des services rendus - a inquiété le pouvoir. Il peut craindre que la contestation sociale s'insinue par toutes les brèches ouvertes, y compris parmi d'anciens soutiens du régime.

Le gouvernement algérien pourrait tenter d'acheter la paix sociale, en piochant dans les milliards de la rente pétrolière et gazière mais il craint également qu'en faisant des concessions importantes, ou en lâchant trop vite, il n'obtienne l'effet inverse, en encourageant encore la poussée revendicative. Mais celle-ci est peut-être en train de se produire de toute façon.

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