Hassi Messaoud - Algérie : violences contre les femmes

21 Avril 2010

Ces dernières semaines, les femmes travaillant à Hassi Messaoud, dans le sud de l'Algérie, sont de nouveau victimes de violences de la part d'hommes constitués en bandes. Le visage masqué, munis d'armes blanches ou de bâtons, ils assaillent les femmes à leur domicile, volant leurs maigres biens et mettant les appartements à sac, avant de les humilier, de les brutaliser ou de les violer.

Les victimes de ce déchaînement de violence assortie d'insultes et de menaces sont des femmes seules qui, pour subvenir aux besoins de leur famille, sont venues à Hassi Messaoud chercher un emploi auprès d'une des nombreuses entreprises étrangères qui y sont implantées. Si elles vivent ici, dans des logements misérables et sous une température de 60°, c'est bien parce que c'était leur dernier recours. Les salaires y sont plus élevés mais, surtout, le chômage important qui frappe l'ensemble du pays leur barre la route à tout emploi décemment rétribué dans le Nord. En outre, à cause du Code de la famille d'inspiration islamiste adopté en 1984, qui fait de la femme algérienne une éternelle mineure en matière de mariage, de divorce ou de succession, celle-ci peut se retrouver sans aucune ressource du jour au lendemain pour vivre et faire vivre ses enfants, lorsqu'elle a été abandonnée par son mari.

Victimes d'agresseurs influencés par les islamistes, qui leur reprochent aussi de voler le travail des hommes, les femmes molestées ne reçoivent aucun appui des autorités. Certaines, qui sont allées porter plainte dans un commissariat, se sont entendu dire : « Que voulez-vous que l'on fasse ? Retournez chez vous. Ici, c'est dangereux pour les femmes comme vous » ! Quand ce n'est pas : « Savez-vous qui sont ces jeunes ? Qui vous dit que moi, le policier, je ne suis pas avec eux ? » De son côté, la justice met toute la mauvaise volonté possible pour rechercher et poursuivre les auteurs de ces violences, même lorsqu'ils sont connus.

En 2001, après un prêche enflammé d'un imam appelant à châtier les « femmes perdues » de Hassi Messaoud, plusieurs centaines d'hommes avaient monté une expédition punitive contre les femmes d'un quartier. Plusieurs dizaines de femmes avaient alors été lapidées, torturées, violées, enterrées vivantes. À ce jour, les victimes de ces actes de barbarie n'ont toujours pas obtenu réparation, tandis que de nombreux agresseurs, souvent des notables, vivent tranquillement chez eux. Deux femmes qui, malgré les obstacles voire les menaces de mort, continuent à se battre pour que justice leur soit rendue, ont témoigné dans le livre Laissées pour mortes de ce que fut cette nuit d'horreur, de l'inertie des autorités censées les protéger, ainsi que plus généralement de la condition de la femme algérienne.

Près de dix ans après ces faits, des brutes réactionnaires continuent à agresser des femmes sous le seul prétexte que ce sont des femmes et qu'elles travaillent pour vivre.

Marianne LAMIRAL

Nadia Kaci, qui a recueilli et transcrit les témoignages de Rahmouna Salah et Fatiha Maamoura, victimes des islamistes le 13 juillet 2001 à Hassi Messaoud et qui se battent encore pour obtenir justice, sera présente à la Fête de Lutte Ouvrière pour présenter le livre Laissées pour mortes - Le lynchage des femmes de Hassi Messaoud.