Grande-Bretagne - Responsable de la guerre en Irak Blair persiste et signe

03 Février 2010

Le 29 janvier, Tony Blair, l'ancien Premier ministre qui présida à la participation britannique à l'invasion de l'Irak, était convoqué pour répondre aux questions de la commission Chilcot, mise en place en juillet dernier, pour examiner les conditions dans lesquelles fut prise cette décision.

Cette commission, troisième du genre (les deux premières ont donné leur absolution à Blair) n'a certes pas pour but de faire la lumière sur les crimes commis dans cette guerre, ni sur ceux qui en portent la responsabilité. En revanche, elle a pour but de tenter de dédouaner les politiciens en activité. C'est ainsi que certains ont parlé devant les caméras de télévision de leurs états d'âme supposés à l'époque, tandis que d'autres se sont plaints qu'on les aurait laissés dans l'ignorance de ce qui se tramait. Chacun trouve ainsi moyen de prendre ses distances par rapport à une guerre odieuse, sans rien dire sur l'essentiel -ni sur son caractère criminel ni sur le fait qu'ils ont laissé faire.

Blair qui, lui, s'est déjà recyclé dans une carrière très lucrative dans les affaires, n'a rien à se faire pardonner de l'électorat. Il assume donc tous les torts sans en reconnaître aucun, tout en revendiquant le « mérite » de la décision. De ses six heures de témoignage, il est avant tout ressorti l'arrogance d'un homme pour qui la raison d'État -c'est-à-dire les intérêts du grand capital- peut tout justifier.

Selon Blair, la participation de la Grande-Bretagne à cette guerre était « indispensable au maintien de ses bonnes relations avec les États-Unis ». Mais la fameuse « relation spéciale » dont les politiciens britanniques se vantent tant, a avant tout une odeur de gros sous. C'est d'abord et avant tout aux banques américaines que Londres doit d'être la deuxième place financière de la planète. Et il n'était pas question pour Blair, qui a tant fait pour la haute finance, de risquer de mettre en danger une relation aussi profitable pour le capital britannique.

Interrogé sur son fameux « dossier » sur les « armes de destruction massive » de Saddam Hussein, dont il s'était servi en 2003 pour justifier la participation britannique -dossier qui s'était révélé, avant même l'invasion, n'être qu'un tissu d'inventions inspiré des élucubrations postées sur Internet par un étudiant- Blair s'est contenté de botter en touche. Il était convaincu, a-t-il dit, qu'un jour ou l'autre, Saddam Hussein pourrait fabriquer et vendre de telles armes à un « État voyou ou à des terroristes », et cette conviction était suffisante pour justifier l'invasion, par tous les moyens. Le reste ne le concernait pas. Qu'importent les mensonges éhontés faits pour tromper l'opinion publique et l'entraîner dans une guerre criminelle dont elle ne voulait pas !

À propos de mensonges, plusieurs témoignages faits auparavant devant la même commission, dont celui de l'ancien ambassadeur britannique aux États-Unis, avaient révélé que dès 2002, Blair avait assuré Bush, oralement et par écrit, de la participation britannique en cas d'expédition militaire américaine contre l'Irak -ce que Blair a nié purement et simplement.

Mais là où l'odieux est venu s'ajouter au cynisme, ce fut lorsque, interrogé sur les centaines de milliers de morts Irakiens de la guerre, Blair eut le culot de répondre en accusant « des éléments étrangers » de ce massacre !

Comme si les seuls « éléments étrangers » à raser les villes et les villages irakiens, n'avaient pas été les forces anglo-américaines, justement ! Comme si ces forces n'avaient pas laissé sur leur passage tant de radiations et de déchets toxiques qu'une commission médicale irakienne fait état d'une hausse brutale des cas de cancer dans les agglomérations touchées par les combats ! Comme si, enfin, en jouant les Chiites contre les Sunnites et les Kurdes contre les Arabes, l'impérialisme n'avait pas créé les conditions qui ont conduit aux surenchères communautaristes et aux affrontements sanglants qui en ont résulté.

Au moment où Blair allait partir, après six heures d'une rhétorique aussi arrogante qu'évasive, des parents de soldats tués à la guerre, présents à l'audience, ont laissé éclater leur indignation. La commission est en effet théoriquement publique mais le public n'y a pas droit à la parole. Blair a dû alors s'éclipser salué par des cris de « menteur » et d' « assassin » -un bien faible prix à payer pour les crimes que lui et ses complices dans l'ensemble de la classe politique ont commis en Irak.

François ROULEAU