Guinée Conakry : business français et dictature guinéenne

30 Avril 2009

La Guinée Conakry en Afrique de l'Ouest a connu un coup d'État en décembre 2008. Une junte militaire a pris le pouvoir dès l'annonce de la mort de l'ancien dictateur, Lansana Conté. À l'époque, la junte disait vouloir en finir avec la corruption, se proposait de juger ceux qui s'étaient illégalement enrichis, et se promettait d'organiser des élections libres afin de redonner le pouvoir à un gouvernement qui serait dirigé par des civils. Cinq mois après le coup d'État, on est loin du compte. La vie de la population n'a pas changé : c'est la misère pour le plus grand nombre. L'armée pille et commet des exactions en toute impunité.

L'armée guinéenne terrorise la population

Un récent rapport de l'organisation Human Right Watch dénonce les exactions commises par l'armée depuis le coup d'État. Les militaires multiplient les extorsions lors des contrôles d'identité embarquent les civils, les dépouillent. Ailleurs, les bérets rouges de la garde présidentielle ou les groupes de commandos d'élite, sous le prétexte de la chasse aux trafiquants de drogue ou aux criminels impliqués dans le trafic de faux médicaments, pillent les restaurants et dévalisent les cliniques médicales gérées par des ressortissants chinois, emportant tout, ordinateurs portables, argent liquide, télévisions, volent les voitures avec lesquels ils paradent dans la capitale. Là, d'autres militaires intimident les juges les armes à la main, passent à tabac les habitants d'un quartier pour mieux les rançonner. Lors du coup d'État de décembre 2008, l'Union Africaine et la plupart des pays d'Europe l'avaient condamné. La France, qui a de nombreux intérêts économiques dans le pays, a été la première à reconnaître et à soutenir le chef actuel de la junte, Moussa Dadis Camara.

La France, principal soutien des dictateurs guinéens

Si Sékou Touré s'était brouillé avec de Gaulle lors de l'indépendance dans les années 1960, Giscard d'Estaing renoua les relations diplomatiques et économiques avec le dictateur guinéen jusqu'à sa mort en 1984. Que Sékou Touré ait été un dictateur sanguinaire, faisant pendre publiquement ses ministres, massacrant la population quand elle se révoltait, ne gênait nullement la France ni les profits des trusts français, comme ceux de Péchiney qui à l'époque exploitait la bauxite. Même soutien politique et militaire au successeur de Sékou Touré, Lansana Conté, qui exerça un pouvoir sans partage de 1984 à 2008. Et enfin, soutien au dictateur actuel.

Les différents gouvernements français n'ont eu de cesse de protéger les intérêts des multinationales présentes dans le pays, dans le secteur pétrolier et gazier (Total), le secteur bancaire (BNP Paribas, Société Générale), les transports, la construction (Vinci), la gestion aéroportuaire (Adp), les télécommunications (Orange), sans oublier le groupe Bolloré. Voilà qui explique que la France ait été le premier pays occidental à reconnaître la nouvelle junte au pouvoir. Ces intérêts sont tellement puissants qu'un nouveau projet de loi concernant les rapports entre la France et la République de Guinée est en cours de discussion au Parlement. Selon le rapporteur de ce projet de loi, la France est le deuxième client et le troisième fournisseur de la Guinée. Mais ce que vise la France, ce sont, comme l'écrit le rapporteur, « les ressources naturelles exceptionnelles » de la Guinée, notamment « dans le secteur minier », avec l'exploitation d'importants gisements de bauxite.

Les centaines de morts lors des émeutes hier, les exactions quotidiennes de la soldatesque contre les populations civiles aujourd'hui, ce n'est pas tout cela qui va troubler Sarkozy et son gouvernement.

René CYRILLE