Ce n'est pas dans un tel référendum que nous pouvons dire ce que nous avons sur le coeur !22/09/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/09/une-1680.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Editorial

Ce n'est pas dans un tel référendum que nous pouvons dire ce que nous avons sur le coeur !

A l'approche du référendum sur le passage du septennat au quinquennat, il est de plus en plus clair que celui-ci n'est qu'une fumisterie. Car si, d'après tous les sondages, les électeurs se désintéressent - et on les comprend - de la question posée, les partis qui nous disent qu'il est important de voter " oui " (le RPR, l'UDF, le Parti Socialiste), comme les politiciens qui affirment qu'il est capital de répondre " non " (Pasqua et Le Pen), ne se donnent même pas la peine de faire campagne pour défendre leur opinion : il n'est pour s'en convaincre que de voir les panneaux officiels qui dans nombre d'endroits restent absolument vides.

Le seul argument que l'on entende répéter par les uns et les autres à la radio et à la télévision, c'est que les électeurs devraient, puisqu'on leur en donne la possibilité, utiliser leur droit de vote.

Mais entre la Constitution réactionnaire de la Cinquième République, avec un président élu pour sept ans, et la même Constitution, tout aussi réactionnaire, avec un président élu pour cinq ans, pourquoi devrions-nous choisir ? En quoi un mandat de cinq ans permettrait-il de mieux contrôler le président élu, alors qu'il a fallu moins d'un an à Chirac pour oublier tous les discours qu'il avait tenus pendant la campagne électorale de 1995 sur la " fracture sociale " ? C'est au contraire en répondant à de telles questions qu'on déprécie son bulletin de vote.

Alors qu'en dépit de la relative reprise économique le travail précaire ne cesse de se généraliser, alors que les salaires stagnent et que les conditions de travail de nombre de salariés ne cessent de se détériorer, alors que la hausse scandaleuse du coût des produits pétroliers frappe un grand nombre de travailleurs, il y aurait bien d'autres questions, en rapport avec notre vie de tous les jours, que l'on pourrait nous poser, s'il s'agissait vraiment de permettre à la population de s'exprimer démocratiquement.

Ces questions, il ne faut pas compter sur Chirac et Jospin pour nous les poser. La Constitution est faite pour préserver la propriété privée des moyens de production qui fait la richesse et la puissance des grands bourgeois, qui permet à n'importe quelle grande société de supprimer des milliers d'emplois, en ruinant parfois des villes ou des régions entières, pour augmenter ses bénéfices. Qui permet à Total de souiller des kilomètres de littoral sans avoir à en supporter les conséquences. Qui permet à tous les groupes pétroliers de profiter de la hausse du pétrole brut pour engranger encore plus de bénéfices, au détriment de toute la population. Chirac et Jospin se garderont bien de nous proposer un référendum pour interdire tout cela.

Mais si nous ne pouvons pas nous exprimer sur ce qui nous concerne vraiment lors du prochain référendum, nous pouvons le faire par d'autres moyens. Le Parti Communiste a prévu d'organiser des manifestations contre la hausse du prix des carburants. Sa revendication d'une baisse de 30 à 35 centimes par litre du prix des carburants est certes bien en dessous de ce qui serait nécessaire pour compenser les hausses des derniers mois. Mais ces manifestations seront en dépit de cela un moyen de montrer le mécontentement des travailleurs, et Lutte Ouvrière s'y associera.

Et ce qui est vrai pour le prix des carburants l'est aussi pour tous les problèmes qui se posent au monde du travail, car si les pêcheurs et les camionneurs ont su se faire entendre, nous tous, les travailleurs, nous avons collectivement bien plus encore de moyens de pression.

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