Financement de la Sécurité sociale : Juppé l'a rêvé, Jospin le fait12/11/19991999Journal/medias/journalnumero/images/1999/11/une-1635.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Tribune de la minorité

Financement de la Sécurité sociale : Juppé l'a rêvé, Jospin le fait

Pendant que les grands moyens d'information se focalisaient sur l'affaire Strauss-Kahn, les députés adoptaient le nouveau budget de la Sécurité Sociale. Digne successeur de Juppé, le gouvernement Jospin a mis en place tout un dispositif en vue de la " maîtrise renforcée des dépenses de santé ".

Martine Aubry veut " contrôler, inciter et sanctionner ", selon ses propres termes. A commencer par les gros consommateurs de médicaments. Ils seront convoqués par les médecins-conseils de la Caisse nationale d'assurance-maladie (la CNAM). Les grands malades n'ont qu'à bien se tenir ! Et puis, on va lancer la traque aux arrêts maladie, qui devront également être justifiés auprès des mêmes médecins-conseils. Quant aux médicaments et au matériel médical, leur remboursement sera évalué en fonction de leur " efficacité ". On a déjà annoncé que 286 nouveaux produits pourraient ne plus être remboursés. Mais quel est le critère de l'efficacité ? Surtout quand l'objectif déclaré et affiché de toute l'opération est la réduction des coûts...

L'étau budgétaire se resserre aussi autour des hôpitaux. On " restructure ", on " redessine la carte hospitalière ". Concrètement, la suppression de 24 000 lits est planifiée pour les 5 ans à venir, avec la fermeture d'unités de cardiologie, de maternités et de sites de chirurgie. Le comble, c'est qu'on invoque la " sécurité " des malades ou la modernisation nécessaire pour fermer des centres dits vétustes. Les équiper en moyens matériels et humains, cela dépasserait sans doute la fameuse " enveloppe budgétaire ".

Pourtant le gouvernement ne peut même plus prendre le " trou de la Sécurité Sociale " comme prétexte. Par rapport aux années 1993-1996, le déficit de l'ensemble du régime général a été divisé par 15 ! Le déficit actuel qui s'élève à 4 milliards ne représente plus que 0,3 % des dépenses, et pour l'année prochaine, le gouvernement prévoit même un excédent de 2 milliards. Et si l'assurance-maladie est encore déficitaire, ce n'est certainement pas à cause de la consommation intempestive de médicaments, qui tout compte fait ne concerne qu'une très faible part - 13,6 % - des remboursements de la Sécurité sociale !

Pourquoi alors ce plan draconien de réduction des dépenses de santé ? Le gouvernement a des cadeaux à faire aux patrons. Le même budget de la Sécurité Sociale prévoit un fonds spécial d'allégement des charges patronales dans le cadre du passage aux 35 heures. Il faut bien trouver l'argent quelque part, de préférence dans la poche des travailleurs. Car le gouvernement n'attaque pas les très florissants profits des trusts pharmaceutiques.

Face à cette attaque en règle, des médecins et des professionnels de santé se sont mobilisés. Ils étaient plus de 10 000 à manifester le 17 octobre à Paris, car ils se sentent directement visés. Mais nous, travailleurs, nous le sommes au moins autant. Pourtant non seulement les députés socialistes ont voté ce budget de la Sécurité Sociale, mais les députés du PCF, pour ne pas mettre la majorité en difficulté, se sont abstenus. Drôle de façon de défendre les travailleurs !

L'Etat, comme les patrons, supprime des emplois. Dans les hôpitaux dans le cadre du plan d'économies. Et aussi dans d'autres services publics : à France Télécom 15 000 emplois en moins en 4 ans ; à la Poste 20 000 départs à la retraite n'ont pas été compensés alors qu'il est prévu un prétendu passage aux 35 heures...

Attaques sur la Sécurité Sociale, sur les retraites, loi Aubry sur les 35 heures, suppressions d'emplois dans le public comme dans le privé, tout cela fait partie d'une offensive d'ensemble que le gouvernement mène de concert avec le patronat contre les travailleurs.

Puisque le 11 décembre prochain, le PCF organise avec l'extrême-gauche une mobilisation nationale dans la rue, contre le chômage et les licenciements, préparons-nous, travailleurs du public et du privé, à y participer massivement. Mais tout autant pour y dénoncer les attaques du patronat que celles du gouvernement, et pour préparer une véritable riposte de l'ensemble des travailleurs.

Editorial des bulletins d'entreprise " L'Etincelle " du lundi 8 novembre, publiés par la fraction.

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